Mercredi 9 avril 2008

 «Je ne suis pas de » celles « qui clouent des oiseaux aux érables, mais j'en ai une folle envie. » Comme je peux aussi avoir envie de me promener en robe taffeta en plein centre-ville ou de coller des billets de cinq dollars sur les feuilles d'un arbre, juste pour la beauté de l'ironie. Ou des gaufres, pour l'image. Mais ça, ce n'est pas moi. Non. Moi, je suis la ligne comme une funambule. Une funambule qui aimerait tant perdre pied et ouvrir les yeux vers le ciel, les os en bouilli, mais bien vivante.

Mais être vivante, je n'y arrive pas. Le carcan de la société s'est intégré en moi. Je suis possédée d'idées absurdes telle l'importance d'être parfaite en tout temps, un véritable boulet de l'esprit et du corps. La performance, toujours, plus vite et mieux. Je suis une zombie, je participe à la longue procédure de la vie construite par mes prédécesseurs et qui consiste en une longue file où tout le monde se suit à la queue leu-leu. Un monde où le moindre faux pas provoque l'hystérie générale et où le plus petit cil de travers se voit coupé, blanchi, reteint et allongé à sa taille réglementaire. Je fais partie de cet univers par défaut. Je suis né dans une case et je n'ai pas le droit d'en sortir.

Pourtant, je sais que je m'illusionne. Je sais que ce devoir n'existe pas, qu'il n'est qu'une invention de l'imaginaire collectif. Je pourrais sortir de la File et contempler toutes les possibilités qui s'offrent à moi, toutes les couleurs et les pensées nouvelles. J'ai le pouvoir de dire non à tout cela, de retenir la main de celui qui, derrière moi dans la File, aggripe violemment mon menton pour m'empêcher de voir, m'empêcher de dévier des autres, replaçant ma tête, bien droite, dans l'angle de tous les autres, lorsque j'ose regarder du coin de l'œil autre chose que la ligne infinie formée par notre grande chaîne humaine.

Je pourrais, si j'en avais le courage, me lever un matin et étendre un truc rempli de sucre et de cholestérol sur ma "toast" et ainsi faire honte à toute ma famille en défiant la tradition ultime de ne surtout pas vivre pleinement, de se contrôler, de contrôler la vie et ses substituts. Il me serait également possible de ramener chez moi, chaque nuit, un homme rencontré par hasard dans un bar, d'en faire le compte dans un calepin et d'en rire, parce que c'est tellement futile mais si amusant. Je pourrais dormir dans un vrai lit de bois, dehors, au beau milieu de la terrasse du voisin. Je pourrais me faire livrer 401 fleurs de lys pour le 400ème de Québec et en remplir le moindre recoin de l'appartement de Richard, mon ami fédéraliste d'Outremont. Chanter avec ma voix de démone, me coucher tard, ne jamais avoir d'enfants, ignorer les appels de ma mère, me creuser un trou dans le divan et ne plus en sortir avant la fin de l'hiver. Je pourrais arrêter de détester l'hiver.

Sauf que le courage n'est pas sur ma liste. Chaque matin, je me fais la même réflexion, assise dans mon lit, la tête sous l'oreiller. Je sais très bien que, défaite comme à chaque réveil, je vais refouler tout jusqu'au lendemain, même heure, où, trop lucide, je réfléchirai de nouveau à sortir de la File. Pourtant, je préfèrerai encore appuyer sur "Snooze", plutôt que d'exploser l'appareil nuisible avec la carabine de mon grand-père et d'enfin embrasser mon vrai destin, celui que personne n'a tracé à ma place. Je choisirai le café au lieu de la vodka, le beurre léger au lieu du Nutella.

Et dès que je mettrai un pas à l'extérieur de chez moi, j'entrerai de nouveau dans la File. Je vous saluerai, vous ferez de même, ce sera normal. Ce sera éternellement normal.

Ce texte provient d'un exercice de 5 minutes fait en cours de Littérature Québécoise : écrire une histoire à partir d'une phrase. Cette phrase provient de J. Godbout. 

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Jeudi 13 mars 2008
« J'étais un enfant dépossédé du monde. » Je n'ai jamais vraiment su pourquoi. Il semble qu'avant même ma naissance, un être quelconque ait scellé mon destin. Qu'il l'ait couvert d'un papier complètement opaque, ficelé avec une corde provenant d'un autre monde. Peut-être un ange avec l'un de ses cheveux ou alors mon inconnue de mère avec ses propres mains. Peut-être un ancêtre avec son âme. Peut-être même Dieu avec son incessante injustice. Quoiqu'il en soit, le monde ne m'a jamais appartenu, ne m'a jamais accueilli. Au contraire, j'ai plutôt l'impression que, lors de mon expulsion - car je ne me fais pas d'idée, ce n'était rien de plus - tout s'est mis en branle pour me pourrir l'existence. Pour que jamais en ce bas monde je ne puisse connaître la joie, ce que je peux identifier dans les larmes de rire d'une enfant, mais que j'ai peine à ressentir. Pour qu'on m'oublie, m'ignore, m'efface. Pour que je me délaye dans les couleurs de ma pâle existence.

Rien n'a changé aujourd'hui. Je n'ai aucun passé. Encore pire, aucun présent. Je fais partie de ceux qui n'ont toujours pas trouvé le sens de tout ça, de ce grand cirque humain. Je me suis suicidé plusieurs fois, mais la vie s'acharne sur moi : elle veut me rappeler qu'elle existe, tout en me signifiant qu'elle ne m'a pas mis ici pour rien. Pourtant, aucun but ne semble m'avoir été attribué. Les ponts, les lames de rasoir, les pilules... j'ai tout essayé. Rien n'y fait. J'aurais un accident de voiture que je n'aurais aucune égratignure. 

Vraiment la vie me déteste. Non, pas la vie. La vie est une invention de l'homme. Mais quelque chose me voue une haine sans limite, c'est évident, pour me garder vivant pendant 25 ans. Vingt-cinq ans de pure torture, vingt-cinq ans de délire, à ne pas savoir où aller, quoi faire, comment le faire, qui être. Où, comment, quand, pourquoi : quatre mots qui ne résonnent pas, ne répondent pas. Surtout le dernier. 

Je ne sais pas quelle jambe avancer en premier. J'ignore quels mots utiliser pour parler. Je ne sais pas quel geste veut dire quoi, de quel regard répondre. J'ignore totalement ce que sont les rouges, verts, jaunes, mauves... je ne perçois que les teintes de gris, du blanc sale au noir de suie. Je ne sais pas comment se prend un miroir, un vase, une lampe. Je ne sais pas comment se lave une tache. Je me méprends toujours entre une robe et une jupe, entre ma main gauche et ma main droite. J'oublie mon nom lorsqu'on me le demande, j'omets de l'écrire sur les formulaires. J'ai peur de l'eau, du noir et des autres. J'ai peur de moi. Les odeurs et les sons, les images, goûts et textures ne m'atteignent pas. Mon corps n'est pas le mien, je ne le possède pas, car je ne possède rien. Je suis le néant sans l'immensité, je suis une âme morte sans l'éternité.

Je suis un être chétif dépossédé du monde. Quelqu'un peut me dire où aller?

Ce texte provient d'un exercice de 5 minutes fait en cours de Littérature Québécoise : écrire une histoire à partir d'une phrase. Cette phrase provient de Le Torrent de Anne Hébert.

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Jeudi 28 février 2008
« Ai juré de tout te dire.» De te dire les maux et les mots que j'ai endurés. Le sarcasme de certaines paroles qui m'ont été lancées, simplement, à travers la foule. Ai juré de te raconter, Anne, ma différence, ma peur, leur peur de celle-ci. Ai juré de t'expliquer mes désirs et leurs tranchants, mes rêves et leurs couleurs. De t'illustrer mon enfance, mes déceptions et mes craintes. Ai juré de te décrire ce que signifie le regard d'un homme pour moi, la texture de leur peau. Leur souffle contre mon cou, leurs yeux sur moi. Leurs bras forts qui me serrent presque avec violence. Ai juré de formuler pour toi une explication à l'attirance que j'ai pour eux et à l'indifférence que m'évoque une femme, même si, vraiment, je n'en ai aucune. Ai juré de que tu comprendrais, que tu ne m'en voudrais plus. 

Ai juré de t'aimer malgré tout, même si ce n'est pas moi, parce qu'en un sens tu comptes plus pour moi que tous les hommes qui ont fait une déchirure dans la toile de ma vie, tous ceux dont l'image du corps sous les couvertures me hante encore. Ai juré de ne pas soulever ma chemise devant toi, pour que tu ne vois pas les cicatrices qui sont toujours là. Des cicatrices de lorsque je ne savais pas, je ne comprenais pas. Ai juré de te parler d'eux, du premier, du dernier. De mon père qui est mort sans comprendre, sans accepter, de mon frère qui est parti, de ceux qui m'ont abandonné et de ceux qui sont restés. De Théo, Étienne, Marc-Andrée, Phillip... Ai juré...

Je n'ai pas su quoi dire, tu pleurais. Sans vouloir te blesser, ai juré de tout de dire, pour que tu comprennes combien je suis désolé d'être incapable de t'Aimer. Alors assied-toi, laisse-moi te bercer, laisse-moi t'expliquer qui je suis.

Ce texte provient d'un exercice de 5 minutes fait en cours de Littérature Québécoise : écrire une histoire à partir d'une phrase. Cette phrase provient de Les fous de Bassan de Anne Hébert. 
L'image représentant le texte est une peinture de
 Gabriel Lauriers.

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Jeudi 21 février 2008
« Je suis le signe et je suis la demeure. » La Demeure d'êtres vivants, du moins le disent-ils. Ils ne font pas attention à mes murs. Ils les tachent de peinture couleur or noir, ils les martèlent, les évident, les brûlent. Pourtant, autrefois, ils m’aimaient. Ils m’idolâtraient même : j’étais le sanctuaire de leurs arts, leurs relations, leurs idées. De tout cela maintenant, il ne reste plus qu’un défoulement atroce contre moi, une envie malsaine de m’oublier, de faire comme si leurs pieds n’étaient pas posés sur ma hanche. Ma robe verte d’hier m’a été volé et je ne puis plus que porté ce nouvel anorak beige qui ne ma va pas du tout. Ils m’ont violé. J’étais le signe de leur existence, la cause de leurs épopées. Ils m’ont violé. Je me sens changée. Ma porte grince, mon toit coule, mon estomac gronde. Ça gronde, très fort, l’orage, l’ouragan, le tsunami et les tremblements. Je tremble. Mes fondations s’effritent et mes occupants n’en sont pas alertés. Qu’est-ce qui m’arrive? Qu’est-ce qui LEUR arrive?

Je suis la Terre, leur demeure à tous, la seule et pourtant…  ils me violent jour après jour et, en réponse à leur acharnement à m’oublier et me faire oublier, je m’effondre d’un cancer dont ils se foutent éperdument. Je suis la Terre, votre mère. Quelqu’un m’entend?

Ce texte provient d'un exercice de 5 minutes fait en cours de Littérature Québécoise : écrire une histoire à partir d'une phrase. Cette phrase appartient à Gatien Lapointe. 
L'image représentant le texte est une peinture de
Anne-Marie Zylberman.

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Jeudi 31 janvier 2008
Je n’étais moi aussi qu’un autre personnage qui apprenait à tomber …», à travers tous les autres de ce monde trop réel. Je trébuchais, en avais chaque fois le souffle coupé, et jamais je ne me relevais. De mon abysse, je chutais encore plus profondément, et alors que je croyais avoir atteint le sol charbonneux du centre de la terre, que les bruits de voitures fumantes et les murmures étaient presque inaudibles, que tout était mort et noir et que l’odeur des racines pourries et de l’eau rance embrumait mes pensées, je tombais. Ma vie n’était pas un extrait de livre de fiction, elle était réelle, et la réalité me faisait peur, me dégoûtait. Je n’étais pas un personnage de roman. Me battre contre la réalité était tout simplement au dessus de mes forces : sur un trottoir, je m’affalais de tout mon long dans une flaque d’eau alors que j’aurais voulu être glissé à travers les mots d’un conte.

Ce texte provient d'un exercice de 5 minutes fait en cours de Littérature Québécoise : écrire une histoire à partir d'une phrase. Cette phrase est tirée du recueil de nouvelles La mort de Mignonne et autres histoires de Marie-Hélène Poitras.
 
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Lundi 2 avril 2007

Où suis-je? Je ne me souviens pas. Je ne me rappelle pas avoir utilisé mes jambes pour venir ici, à cet endroit. On dirait l'hiver. On dirait l’été. E n fait, cela ne ressemble à rien que je n’ai déjà vu, à rien de descriptible. Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que je n’ai jamais vu aussi clair, que je n’ai jamais compris aussi bien le sens de mon existence. Il me semble que je revois tout, que chaque moment de ma vie fait entièrement parti de moi, de l’âge fœtal à aujourd’hui. Je me souviens comme j’étais bien dans le ventre de ma mère, comme j’ai eu froid lorsqu’on m’en a sorti, comme tout a changé à partir de ce moment là. Il me semble que c’est à ce moment que ma vie a commencé, la vraie, celle où il faut respirer, boire et manger. Je me rappelle mon enfance, mon adolescence, mes amis et ma famille, mon amour. Mon amour… Où sont-ils? Pourquoi suis-je seul ici, dans cet endroit?

Soudain, je distingue parmi le silence un son. Celui d’une voix que je connais. Et je comprends. Je sais où je suis. Je ne suis pas là, c’est là l’endroit. Mon corps est à l’hôpital, mais moi, je n’y suis pas. Et on me dit que je peux mourir. Cette voix que j’aime me dit que je peux. 

Et pendant un temps qui me semble interminable, alors que pour eux là-bas, ce doit être une simple seconde, je pleure. Je le fais parce que je sais que je dois partir, mais je ne veux pas laisser derrière moi les gens que j’aime. Pourtant, je suis déjà mort, n’est-ce pas?

On me tend la main. Je panique. Je ne suis pas près. Je veux leur parler, JE VEUX LEUR PARLER! C’est impossible. Je parle, mais les lèvres de mon corps physique, elles, là-bas, ne bougent pas. Je pleure encore. Je ne veux pas quitter sans un dernier au revoir, sans les prendre tous dans mes bras une dernière fois. Et je cris :  « Amis, famille, amour, je vous aime. Je ne peux l’exprimer mieux que par ces deux mots si puissants. Je vous aime. Je t’aime. Je serai toujours là et je te guiderai. »

Le sol m’échappe. Ce n’est plus l’hiver, ce n’est plus l’été. Je ne suis plus seul. Je ne sais pas ce que c’est, mais ce n’est plus l’endroit, c’est L’Endroit. J’entends le pouls d’un cœur. Et tout s’éclaire, je sais où je suis,  l’Endroit où je serai pour toujours. Là dans ton cœur, me sens-tu?

Pour Lyne, de Maxime Jobin

 

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Mardi 20 février 2007

« Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut. »

Cicéron

Parfois il y a un livre qui nous fait découvrir la passion de lire. Il est unique et différent pour chaque personne. Ce roman, cette nouvelle ou encore ce conte, que l’on considérera par la suite comme son premier, est là pour nous apprendre cet amour que peut apporter le simple acte de lire, un sentiment qui est endormi en chacun de nous et qui n’attend que d’être éveillé. Il semble écrit pour nous, afin d’ouvrir nos horizons sur tous les autres. Il est le portail vers d’autres mondes, vers des êtres comme nous, d’autres différents, vers des lieux exquis ou effrayants, vers des temps anciens et futurs. C’est cet écrit qui rend tous les autres visibles. L’avez-vous lu? Il tombe souvent entre nos mains par hasard. Il est le livre qu’un ami nous a prêté et qui ne nous intéressait pas. Il est celui oublié par le précédent locataire de notre chambre d’hôtel. Il est l’un des bouquins dans la bibliothèque de nos grands-parents. Il est celui qu’un proche dépose sur la table et dans lequel nous décidons de lire une seule petite page en déjeunant. Le mien était celui que l’on achète à l’aéroport avant un voyage afin de passer le temps pendant le vol : Harry Potter et la chambre des secrets, de J.K. Rowling. Je ne connaissais alors pas le célèbre personnage, pourtant, quelques jours plus tard, je demandais déjà la suite. Jamais je n’avais lu aussi rapidement. J’étais atteint d’une maladie : la boulimie des livres. Lorsqu’on le découvre, le premier ouvrage qui éveille en nous la passion est le plus important de tous et, dans notre bibliothèque personnelle, il nous rappelle d’où vient notre affection pour la lecture.

Parfois il y a des livres qui nous emportent dans un élan de folie. Ils sont si captivants, que lorsque nous cessons de lire arrive ce moment magique où nous percevons notre réalité à travers un filtre, un voile dont le tissu est composé de l’essence même de l’ouvrage que nous quittons : le voile du lecteur passionné. Ce rideau de soie superpose la réalité des mots à la notre et nous retient à l’intérieur comme si une force, une folie, nous empêchait de sortir de son univers. C’est la réaction de notre esprit qui lui permet de lentement émerger de cet autre monde, de doucement éclairer le concret et le tangible. Qui, après avoir lu Lestat le vampire d’Anne Rice, peut dire ne pas avoir été enveloppé par la sensualité et l’aura du personnage, au point d’en trembler? J’en fus ensorcelé. Ces livres, grandes œuvres à nos yeux, nous font un instant voir la vie telle la toile d’un grand peintre.

Parfois il y a des livres qui deviennent des guides. On en lit quelques passages le soir avant de se coucher, en ouvrant une page au hasard. Ce sont ces livres qui nous servent de repères et de cachettes lorsque ça ne va pas. En quelque sorte, ils nous consolent et nous conseillent. Ils nous racontent symboliquement ou directement la voie à suivre. Pourquoi sont-ils des guides? Parce qu’ils nous touchent et nous ressemblent, ils nous apprennent à mieux nous connaître. La poétesse suisse Claire Genoux écrit d’ailleurs : « Lire, c'est partir à la découverte d'un univers, c'est aussi partir à la rencontre de celui qu'on est. » Généralement une œuvre guide est unique, posée sur notre table de chevet ou alors dans une poche, afin qu’elle suive le même chemin que nous. La mienne, L’encyclopédie du savoir relatif et absolu de Bernard Werber, a les coins arrondis tellement je l’ai feuilletée. Comment résister à un écrit qui nous parle? C’est impossible, il nous faut se laisser conduire par lui. Ces livres-guides sont ceux qui nous suivent toute notre vie.

Parfois il y a des livres que nous lisons, sans vraiment en avoir envie. J’ai lu Le livre du voyage parce que je l’avais gagné, mais je n’en avais pas vraiment le goût, même s’il était écrit par mon romancier favori, Bernard Werber. Il était différent des autres œuvres de l’auteur et il ne m’attirait pas. Pourtant, je fus surpris lors de ma lecture de comprendre que je l’aimais différemment de tous les autres que j’avais lus auparavant. Il était mon petit frère car, l’ouvrage étant écrit de sorte que le narrateur était le bouquin lui-même, il me semblait vivant. Si je l’avais mis de côté, je n’aurais jamais découvert ce genre d’amitié envers un livre. Lorsque nous en lisons un sans envie, il arrive que nous ne le finissions pas, que nous l’abandonnions, faute de passion et de folie. Ce n’est nullement une erreur, car comme disait Henri Lavedan, dramaturge français : « La mauvaise lecture est celle que l'on se reproche secrètement de faire. » Il vaut mieux alors consentir à cesser la lecture. Toutefois, il ne faut pas oublier ces chapitres au fond d’un tiroir. Chaque livre raconte l’histoire d’une âme, celle de son auteur. Chacun d’eux nous apporte invariablement quelque chose. Un écrit fait réfléchir, comprendre. Que nous l’ayons abandonné ou lu totalement mais sans ferveur, nous devrions toujours lui accorder une deuxième chance, car il arrive que ce ne soit tout simplement pas le bon moment d’en faire lecture. Quelque temps plus tard, celui-ci pourrait devenir un livre-guide et nous faire voir dans le monde quelque chose qui nous était auparavant invisible.

Parfois il y a des livres qui nous appellent, qui envahissent notre esprit. Du moment que nous les avons quittés, ils nous semblent se mourir. Peu importe l’activité pour laquelle nous avons cessé la lecture, nous ne souhaitons pas autre chose que de recommencer à lire. L’histoire, l’intrigue, les personnages et les lieux tournent dans notre tête sans jamais s’arrêter. Je pense aux romans de Dan Brown, maître du suspense. Il y a aussi Au pays des vivants, un récit écrit en duo par Nicci Gerrard et Sean French. L’histoire commence dans le noir : une femme est séquestrée, enveloppée dans un drap, les jambes et les mains liées, elle ne se souvient plus d’avoir été enlevée. On trouve cela affreux, inconcevable, mais on ne peut plus quitter le livre tellement on veut savoir comment cette femme s’en sortira. Subtilement, le suspense de ces écrits nous enroule dans une prison de fils qui nous empêchent de nous éloigner trop longtemps de l’histoire. Ces livres agissent comme une drogue, faisant tourner le monde autour d’eux.

Parfois il y a des livres qui nous déçoivent. Parce que nous nous attendions à mieux de la part de l’auteur, que nous aurions espéré autre chose.

Parfois il y a des livres qui nous choquent. Ce n’est alors que plus important de les lire en entier, afin de s’ouvrir à la différence et aux opinions d’autrui.

Parfois il y a des livres que nous relisons des dizaines de fois. « Lire est doux ; relire est - quelquefois - plus doux encore. »[1]

Parfois il y a des livres qui nous apprennent et nous font réfléchir.

Parfois il y a des livres qui nous font rêver.

Parfois il y a des livres qui nous touchent, qui nous font pleurer, rire, croire…

L’écume des jours, Et si c’était vrai, L’avalée des avalés, Les adieux à la reine, L’heure des sorcières, Les fourmis, La vie devant soi, 1984, Marie-Hélène au mois de mars, Nous les dieux, Brûlée vive, Marie-Antoinette l’insoumise, Le sang et l’or, Chercher le vent, Neiges artificielles, Dragon rouge, La forteresse digitale, Le domaine Blackwood

Car parfois il y a des livres. Ils nous aident à vivre, nous suivent partout où nous allons. Pour cette raison, tous ceux qui ont la passion de lire connaissent leur chance. En effet, cette passion, difficilement explicable et qui peut changer notre vision des choses, est pour nous la mère du flot même de la vie. Elle y donne parfois un sens. Personnellement, lire m’a apporté et m’apporte toujours les plus grandes leçons. Elle rend l’existence moins pragmatique et laisse place à cette part d’imaginaire dont j’ai crucialement besoin. Elle me permet de sentir que j’existe. Elle me donne une façon de m’évader, et de devenir autre. Car lire, c’est faire déborder notre cœur, c’est sortir de la conscience pour se plonger dans l’inconscience.


[1] Emile FAGUET, scénariste français 

Maxime Jobin

 

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Lundi 7 août 2006
Ici, l'écriture est à l'honneur. Non pas pas l'Écriture avec un grand E, mais la mienne, ma passion, mes textes et ma façon de voir les choses. J'ai envie de vous citer Marguerite Duras qui dit : Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. Écrire c'est aussi pour moi libérer ce qu'il y a au plus profond de mon être. C'est souffrir. C'est comprendre. C'est espérer. Mais c'est surtout aimer.

Textes

  • L'éternel incompris

  • "Si j'avais pu sauter, je l'aurais fait. Mais je m'étais coupé les veines tellement j'avais mal. J'eus peur que mon sang ne se mêle avec le fleuve, et qu'il n'en sorte des Vivants..."
  • Lucidité

  • "Il fait parfois si noir le soir, il fait parfois si noir le jour, pourquoi dois-je alors décider de ce qui me convient ou pas? Et comment un seul message a t-il pu déclencher tout ceci, pourquoi ma mère n'avait-elle rien de mieux à faire que de lire et tirer des conclusions trop hâtives..."
  • Traumatisme dissimulé

  • "Dans la nuit sombre, une jeune fille de sept ans... Elle fuguait ses peurs, les peurs qui la nuit venaient la hanter quand ces parents dormaient..."
  • Les mensonges de la conscience

  • Texte de secondaire 4. "Parfois on existe, quelquefois on vit et d'autre encore on survit. Moi j'existe. J'ai du mal à me souvenir du temps où je vivais, du temps où j'étais amoureux et elle aussi… où j'avais une vie. "

Poèmes

  • Soudain

  • "Soudain un sentiment, une libération, une vie, Tout reprend son sens, Je ressens le désir, l'envie, Je sors de ma torpeur et entre enfin dans la danse..."
  • Peine de vivre

  • "Nous sommes tous nés, Rien ne nous a été demandé, Comme si mon refus, Vous aurait étonné..."
  • Torture

  • "Du sang dans mes veines, Du sang sur mes membres, Du sang sur le sol, Du sang sur mon âme..."
  • Rien

  • "Les numérateurs s'entreposent, Tous sensibilisés et sans sensibilisation, Comment préaviserais-je arriver, D'arriver à tousser..."
  • Amenez moi ailleurs

  • "Chaque jour, un supplice, Chaque éternité une condamnation, Amenez moi ailleurs..."
  • Et in hora mortis nostrae

  • "Si ce n'avais pas été important, J'aurais dit c'est terminé, Je ne comprends pas, je n'en peux plus, Mais je ne serais plus là..."

Articles, La tribune

  • Xbox fait tourner les têtes

  • "Amateurs de jeux vidéo, gardez bien les mains sur vos manettes! Microsoft a préparé de bons plats pour vous. Au menu, d'intéressants détails sur la Xbox 2 et sur le tournoi canadien de Halo 2..."
  • La guerre des lecteurs numériques est lancée

  • "Tout le monde le sait, Apple est le roi lorsqu'on parle de lecteur et de téléchargement de musique numérique. Son iPod est là pour nous le prouver. Mais est-ce que ce roi est là pour rester..."
  • Un PS2 portatif, enfin!

  • "Dans vos poches : votre portefeuille, un Playstation 2… un PS2? Non, vous ne rêvez pas. C'est bien une version portative de la célèbre console que vous avez entre les mains..."

Vos textes

  • Élise - Poèmes

  • "L'autre moitié s'efface dans un coeur inconnu. Le troisième coeur ne connaîtra jamais tous les chemins qu'il faut prendre pour que deux âmes soient faites pour n'être qu'une..."
  • Élise - Croiser le fer avec le vent

  • Texte gagnant du Concours Littéraire La Tribune. "À la croisée de deux chemins poussiéreux, éprouvés par le temps, déroutés par le vent, une croix qui commémore la perte..."
  • Élise - Tout ça ou… simplement merci…

  • Article La Primeur. "Quand on franchit les portes du Salésien, on n'a pas d'étiquette, pas de numéro. On n'est pas qu'un nom sur une liste, on est un rêve. Chacun de nous est entré ici unique, et muni d'espoirs..."
  • Manuel - Dualité

  • "Rouge. Un rouge carmin. Une teinte de fatalité qui doucement ruisselle le long de deux exquises estafiladesCes légères larmes vermeilles se rejoignent pour tracer une unique rigole qui dévale tout d'abord une gorge jusqu'à venir se perdre dans la légère vallée formée par son buste..."
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