Vivre l'Europe, vivre Lille

Publié le par Maxime Jobin

Cette semaine fût très spéciale et bien remplie. Alors que je souffrais du mal du pays, elle a réussi à guérir cette plaie qui faisait ombre sur mon séjour ici depuis déjà une semaine.  Après deux mois, je voulais revoir mes amis du Québec, ma famille... retourner à mes habitudes et à mon confort québécois. Mais après une telle semaine, tellement vivante et inondée de rencontres et de découvertes, je suis prêt pour un autre deux mois, plus passionné que jamais par mon aventure ici!

Tout commence, mardi, par des crêpes, des Français et des Japonais (tiens, quel bon titre de pièce de théâtre, haha). Mélanie, alias vieille fontaine pourrie - c'est l'équivalent de son nom en japonais, ce n’est pas sa faute -, nous invite à une soirée crêperie au Repaire du Lion. Une soirée fantastique, parmi les plus belles que j'aie passée depuis mon arrivée, sous le signe du multiculturalisme. En effet, Français, Québécois et Japonais sont à la même table, échangeant parfois en anglais, d'autres en japonais ou en français. Le sentiment que j'avais se confirme : je reconnais un peu en eux mes amis québécois, je retrouve de leur générosité et de leur folie. C'est bien, on se sent chez soi.

Le menu incite à revenir plusieurs fois : impossible de faire un choix parmi toutes les succulentes options de crêpes salées et sucrées. Je finis quand même par me décider et choisie une crêpe aux œufs et champignons, suivie d'une crêpe dessert métisse au chocolat blanc et noir. Je rigole bien en voyant l'œuf miroir dans ma crêpe-repas, mais je me régale. Bien que le sirop d'érable me manque, ma crêpe dessert n'a rien à envier à la crêpe typiquement québécoise en débordant. Après le repas, ce n'est pas terminé. Alors que d'un côté de la table l'on tente de faire dire "anticonstitutionnellement" ou encore "Les chemises de l'archiduchesse sont-elles sèches ou archi-sèche?" aux Japonaises, l'autre côté est en pleine tâche de traduction des noms français en japonais. J'apprends ainsi que les Japonaises, après beaucoup de pratique, peuvent réciter des phrases que nous n'arrivons même pas nous-mêmes à prononcer correctement, et que mon nom en japonais signifie "démon magique immortel". Je suis ravi - car je me rappelle la signification du nom de Mélanie -, mais je n'ai pas le plus poétique des surnoms. En effet, Lucie mérite le nom d'une pierre précieuse, le lapis-lazuli, et Sabrina celui de "village vert qui danse dans le sable".

Jeudi, je fais quelque chose que je n'ai pas fait depuis des années : patiner. C'est Étienne, qui travaille également au PC2A, qui m'invite à venir avec lui et ses amis à la patinoire de Lille. Les attentes sont grandes envers les Québécois, j'ai l'impression que, selon les Français, nous devrions normalement pouvoir faire du patin artistique sans problème. Or, nous savons, nous, que ce n'est pas le cas. La première tentative est plutôt désastreuse : mes jambes sont comme des flageolets dans la poêle et je peine à avancer. Mes patins sont beaucoup trop grands, alors je vais les échanger. Les autres tentatives sont beaucoup plus efficaces, mais je tomberai quand même deux fois pendant la soirée, dont l'une plutôt douloureuse. Reste que je me suis amusé tel un enfant et que j'ai pris conscience que j'étais en train de réaliser mon rêve de vivre en Europe pendant plusieurs mois. Aller à la patinoire, tu ne fais pas ça en voyage, tu le fais lorsque tu habites en un lieu pour un très bon moment. De là mon titre : je vivais Lille, je vivais À Lille. Cette soirée est très significative à mes yeux et elle marque une nouvelle étape de mon séjour ici, celle du citoyen Lillois (peut-être pas légalement, mais dans ma tête c'est le cas).

La journée de samedi, prévue déjà depuis belle lurette, s'est passée en deux temps. D'abord, Vimy. Vous savez ce lieu de grande bataille où les soldats canadiens ont, lors de la Première Guerre Mondiale, aidé les Français à récupérer du terrain? Et bien nous avons visité cet espace géographique appartenant maintenant au Canada - la France le leur ayant donné pour les remercier de leur aide. La visite - tranchés, souterrains et mémorial canadien - fût très intéressante et marrante, considérant notre situation en ce lieu... nous étions... chez nous?

Ensuite, nous nous sommes rendus au Centre historique minier de Lewarde. Nous ne pensions pas trouver un intérêt à cette partie de la sortie culturelle, mais nos guides connaissaient tellement bien leur sujet que c'en était finalement captivant. L'un de nos deux guides était un Ch'ti - je crois déjà vous avoir parlé des Ch'tis, ce serait l'équivalent des Acadiens en France - et parlait, évidemment, Ch'timi. Il avait été mineur dans la mine transformée en musée et savait donc de quoi il parlait. Nous en avons donc beaucoup appris sur cette activité économique qui fût si importante dans la région du Nord-Pas de Calais.

Finalement, comme la cerise sur le sundae, - c'est une expression québécoise ça? - est venue en soirée, un peu par surprise, la grande parade d'ouverture de Lille 3000 Europe XXL, une fête monumentale qui durera quatre mois à Lille. Je dis "par surprise", car nous n'avons su qu'au milieu de la semaine que cette grande fête allait avoir lieu. Tout Lille devait certainement y être -  il faut prendre en compte le demi-mètre cube que nous avions pour respirer -, et l'organisation était phénoménale. Sur la rue Faidherbe, avenue reliant la gare Lille Flandres à la Grand' Place, des statues ébène avaient été installées. La parade se préparait, les gens attendaient depuis des heures, fébriles. Puis la parade a commencé. Entourés de deux géantes marionnettes de lumière, les acrobates, danseurs et musiciens se sont mis en branle. Presqu'en même temps, le bal aérien prenait de la hauteur, nous dévoilant des lutins-joueurs-de-tambour multicolores et des filets humains surprenants d'immensité.

La parade passée, nous nous sommes débattus pour nous déplacer vers la Grand' Place. Mais comme cela en valait la peine! La façade d'un grand bâtiment de la place avait été transformée en véritable scène où nous émerveillaient de leur voix des choristes, installés deux à deux à chaque fenêtre. De l'autre côté, un autre bal aérien avait lieu. La combinaison des deux œuvres était si belle, si harmonique et emmêlée, que l'on pouvait presque sentir nos pieds se suspendre dans les airs pour rejoindre le bal masqué se déroulant au dessus de nos têtes. Ce fût pour moi le moment le plus fort de la soirée et j'ai encore l'impression de vibrer telle la corde d'un violon en écoutant les vidéos que j'en ai pris - et auxquels, bien entendu, vous aurez droit plus loin dans ce billet.

À ce moment, suite à notre déplacement aux prochaines étapes de la fête d'ouverture, Sabrina me laissa pour aller dormir, un mal de tête la terrassant. Je profitai donc seul de la chorale dont faisait partie Pierrick, l'un des Français accueillant les Japonais. Puis, entendant les premiers feux d'artifice avertissant  l'imminence du commencement  du bal aérien, de lumière celui-là, je me déplaçais vers l'immense feu de joie qui attendait la foule au square Dutilleul. Une dizaine de feux encore, de plus en plus rapprochés, puis les vrais feux d'artifices commençaient. Le spectacle était étonnant, d'autant plus qu'il se produisait à quelques mètres seulement des bâtiments entourant le square. Je ne fus pas déçu. Après avoir fait un détour par l'Opéra pour voir l'immense boule disco éclairant la place, je m'arrachais à cette vision de rêve pour prendre le métro avant qu'il ne soit plein à craquer de Lillois voulant rentrer chez eux. Et comme tout Lille était venu, cela risquait d'être plutôt pénible. Pourtant, aucune file à la station de métro, seulement des trains remplis à ras bord. Cela aurait pu être pire.

Je vous raconte tout cela et j'ai du mal à croire que je suis bien cette personne de qui je parle. Pourtant, c'est bien moi, moi qui suis tombé sur le derrière à la patinoire, moi qui me suis régalé de crêpes, de musiques, de voix et de feux d'artifice. Je le trouve tellement chanceux ce Québécois, je me trouve si gâté. Je vis les plus beaux moments de ma vie, et je ne veux en laisser filer aucun.

Je vous laisse sur d'autres photos et sur un petit montage vidéo rapide de Lille 3000. Comme prévu, le weekend prochain, c'est Cologne qui nous verra marcher dans ses rues.

P.S. : J'aimerais remercier Mélanie et Étienne pour leur invitation. Et aussi l'AMEL (Association Marocaine Étudiante de Lille) pour avoir organisé la sortie culturelle Vimy-Lewarde. Je me suis bien amusé cette semaine grâce à vous!

P.S.2 : Puisque je suis totalement naze, je n'ai pas de photos de la soirée à la crêperie ou de celle à la patinoire, pour cause d'oublie de l'appareil photographique. Vous avez le droit de me lancer des pierres, je me lapide déjà moi-même.

P.S.3 : Merci aussi à JimmyBoy et à Liza pour leur cadeau envoyé par la poste! Ça ne paraît peut-être pas comme ça, mais ça fait chaud au coeur. JobinBoy est heureux ici, il vous dit bonjour. :P

Encore des photos









En photos

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Dans le texte
(1) La Grand' Place de Lille quelques minutes avant la grande parade d'ouverture de Lille 3000... divin!
(2) Photo (pas prise par moi) de la crêperie.
(3) Photo (pas prise par moi) de l'intérieur de la crêperie.
(4) Les tranchés canadiennes de Vimy.
(5) Centre historique minier Lewarde.
(6) Un géant de lumière! Mais vraiment géant, une marionnette en plus!
(7) La façade du bâtiment de la Voix du Nord transformée en chorale grandiose. La plus belle façon de rendre magique la Grand' Place!
(8) L'opéra illuminé par une boule disco géante... j'aurais voulu rester là toute la nuit tellement j'étais bouche-bée...

Section "Encore des photos"
(1) Les ravages des tirs d'obus et des mines lors de la bataille de Vimy s'étant passée du 9 au 12 avril 1917.
(2) La seule fois où je photographierai le drapeau canadien sans avoir mal au cœur... C'est quand même bizarre de le voir en France.
(3) Le mémorial canadien, monument en mémoire des 3598 canadiens tombés lors de la bataille de Vimy.
(4) La salle des pendus, où les mineurs pendaient leurs vêtements après une dure journée de travail.
(5) Daniel, notre guide ch'ti qui parlait, évidemment, le ch'timi et dont on comprenait que la moitié de ce qu'il disait.
(6) De retour de notre petite sortie en bus, nous découvrons une Lille transformée pour la grande fête de Lille 3000, Europe XXL!
(7) Un filet de corps humains suspendu au dessus de la Grand' Place.
(8) Comme si de transformer cette façade en chorale n'était pas suffisant, voilà qu'elle devient une œuvre d'art!

En vidéos

Publié dans Stage à Lille 2009

Commenter cet article

Lucie 18/03/2009 20:36

J'adore « mon » surnom japonais! ;-)
Chanceux, va, de vivre toutes ces aventures!

Maxime Jobin 18/03/2009 20:47


Oui, c'est le tien aussi, je voulais te le dévoiler la prochaine fois que nous allions se parler! ^^


René 17/03/2009 02:21

Max serait tu entrain de virer Canadien toi là?
C'est bien ce que j'ai lu plus haut.
Mal du pays et ton pays est le Canada.lol!lol!
Le mal du pays c'est dans la norme des choses mon grand.
Alors profite en et égraine chaque seconde comme un bon chocolat Belge dans ta bouche.

Sent la chance que tu as comme un bon gouda.

Savoure cette belle hospitaliter comme un bon pain chaud réconfortant.

Max part two c'est parti.

René x bec!

Maxime Jobin 17/03/2009 07:49


Absolument pas, j'avais le mal du pays, mais mon pays est le Québec, dans ma tête du moins. Et puisque le mal du pays est psychologique, alors il faut considérer le pays qui est dans ma tête,
haha.

Sinon, merci pour la poésie! ;)


Venise 16/03/2009 17:19

Oui, tu peux le dire que tu es un Québécois chanceux ; aller tomber en patin à Lille ! C'était ma blague. Mon sérieux maintenant. Incroyable la quantité de gens, d'événements, de lieux qui t'habiteront toujours. Ça vaut la peine d'éprouver un petit "mal de pays" de temps en temps. Un petit mal de sirop d'érable !

Encore une fois merci de partager ton journal de voyage avec nous.

Maxime Jobin 16/03/2009 18:26


Haha, j'adore l'expression "un petit mal de sirop d'érable"! C'est bien toi Venise. ;)

Ça me fait plaisir de partager ça avec vous, en même temps, cela me permet justement de bien me rendre compte de ma chance!