Du bon usage des étoiles

Publié le par Maxime Jobin

Livre québécois
Auteure
: Dominique Fortier
Note : 8/10
Éditeur : Alto
Parution : 2008
Nombre de pages : 347 pages

Présentation de l'auteur

Dominique Fortier est née à Québec en 1972. Après un doctorat en littérature à l’Université McGill, elle exerce les métiers de réviseure, de traductrice et d’éditrice. Elle a traduit une quinzaine d’ouvrages littéraires et scientifiques, dans des disciplines aussi diverses que les sciences politiques, la linguistique et la botanique. Elle vit à Montréal. Du bon usage des étoiles est son premier roman.


Commentaire

Le froid intense de l’Arctique et la douceur de l’odeur du thé. Voila ce que nous propose Du bon usage des étoiles. Parallèlement, deux histoires qui prennent leur racine dans l’Angleterre de 1845, mais qui, rapidement, traceront leur propre voie, feront naître leur propre branche de l’Histoire. L’Histoire avec un grand H, car c’est, en toute modestie, la dernière expédition de sir John Franklin que Dominique Fortier a voulu reprendre à sa façon. Et, en nous racontant cette grande traversée de l’Atlantique vers les glaciers blancs du pôle Nord, l’auteure nous rappellera aussi l’autre réalité, celle des femmes de marins et d’explorateurs qui, après avoir vu les navires quitter l’horizon,  retournent à leurs soirées mondaines. Étoiles, banquises et terres inconnues. Thés, bals et plum-pudding. « L’horizon. Savoir où s’arrête la terre et où commence le ciel. Ne plus avoir à [se] figurer une ligne imaginaire entre le blanc et le blanc…»

Du bon usage des étoiles est sans conteste un roman original. D’abord par son caractère historique à l’heure des écrits centrés sur le présent, mais aussi par ses milles et une facettes ; s’y entremêlent en effet le récit, le théâtre, la poésie, le journal… jusqu’au livre de recette.  Cette originalité annoncée m’aura toutefois amené à la déception. Pas que je n’aie pas aimé, au contraire… mais disons que le livre m’a laissé sur ma faim. J’ai le mot « inachevé » en tête.  Les premiers chapitres semblent prometteurs. Moi qui adore l’histoire, l’Europe, l’aventure, tout était en place pour construire un roman bien ficelé. Et c’est le cas, du moins au début. Mais plus les pages sont tournées, plus il m’a semblé revoir les mêmes fils. Comme si était tricotée une écharpe aux motifs répétés plutôt qu’une paire de bas multicolore. À mes yeux, la fin ne règle rien, n’est pas l’aube du renouveau ou le berceau de quelque morale ou sagesse que ce soit. Elle est abrupte et prévisible, sans éclat. Peut-être est-ce ainsi que l’Histoire se termine, mais alors j’aurais espéré plus grand encore que l’Histoire.

Malgré cela, j’ai tout de même apprécié ma lecture, entre autre grâce au mélange des styles, des narrateurs et des lieux.  Dès lors qu’un blanc apparaissait sous la dernière phrase d’un chapitre – je dis chapitre faute de meilleur mot pour définir les séparations présentes dans l’œuvre de Dominique Fortier -, j’aimais me retrouver devant l’inconnu, ne pas savoir vers qui, quoi et où j’allais aboutir. J’ai trouvé tout particulièrement intéressants les quelques chapitres où deux personnages inconnus parviennent à symboliser, par de simples dialogues, toute la beauté et l’ambiance du Nord. « - Je n’avais jamais vu tant d’étoiles chez nous. Pourquoi sont-elles plus nombreuses ici, où il n’y a personne pour les regarder? - Elles ne sont pas plus nombreuses; simplement, on les distingue mieux parce qu’il n’y a pas, à des milles à la ronde, d’autres lumières pour les éclipser et faire pâlir leur éclat. » Sans pouvoir dire pourquoi, cela me touchait. Je me croyais alors vraiment à bord de l’Erebus ou du Terror, pris entre les glaces, le froid m’atteignant de toute part.

Bref, ce premier roman de Dominique Fortier est une véritable aventure – autant en termes d’histoire que de lecture -, malgré son dénouement un peu terne. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, l’auteure a ce talent de faire bon usage des mots, peu importe le type d’écrit. Cela saura, je le lui souhaite, la porter encore plus loin dans l’univers littéraire québécois.

Quatrième de couverture

Mai 1845, les navires Terror et Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, cent trente-trois hommes et suffisamment de provisions pour survivre trois ans aux rigueurs de l’Arctique. L’expédition doit permettre à l’Angleterre d’asseoir sa suprématie sur le reste du globe, mais les deux navires se trouvent bientôt prisonniers des glaces dans une immensité sauvage.

Commence alors un nouveau voyage, immobile celui-là, au cœur de la nuit polaire et vers les profondeurs de l’être, dont Francis Crozier, commandant du Terror, rend compte dans son journal. Il se languit aussi de la belle Sophia, restée avec sa tante Jane Franklin à Londres, où les thés et les bals se succèdent en un tourbillon de mondanités.

Inspiré de la dernière expédition de Franklin, Du bon usage des étoiles brosse un tableau foisonnant des lubies de la société victorienne – lesquelles ne sont pas sans rappeler certains des travers de la nôtre – dans un patchwork qui mêle avec bonheur le roman au journal, l’histoire, la poésie, le théâtre, le récit d’aventures, le traité scientifique et la recette d’un plum-pudding réussi.


Citations et extraits

« - Peut-être, comme nous sommes près du bout de la Terre, que nous sommes plus proches de la Lune et du Soleil…

- Mais la terre est ronde…

- Et alors?

- Alors, puisqu’elle est ronde, elle n’a pas de bout, ou bien chaque endroit sur Terre peut être un bout, tout dépendant de l’endroit d’où tu le regardes.

- Tu veux dire que le bout du monde, c’est peut-être l’Angleterre?

- Peut-être. »

« - Je n’avais jamais vu tant d’étoiles chez nous. Pourquoi sont-elles plus nombreuses ici, où il n’y a personne pour les regarder?

- Elles ne sont pas plus nombreuses; simplement, on les distingue mieux parce qu’il n’y a pas, à des milles à la ronde, d’autres lumières pour les éclipser et faire pâlir leur éclat. »

« - Qu’est-ce qui te manque le plus?

- … L’horizon. Savoir où s’arrête la terre et où commence le ciel. Ne plus avoir à me figurer une ligne imaginaire entre le blanc et le blanc…»

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Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!

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