Big Bang

Publié le par Maxime Jobin

Livre québécois
Auteur
: Neil Smith
Note : 8.6/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 181 pages

Commentaire

« Elle avait l'impression de dériver. Élever un enfant aurait pour effet de l'ancrer. Aujourd'hui, elle a l'impression d'avoir jeté l'ancre par-dessus bord sans l'avoir au préalable attachée à son bateau. » C'est aux côtés de cette femme que Neil Smith a voulu que le lecteur débute son recueil de nouvelles. Une nouvelle mère qui, quelques jours seulement après avoir offert la vie prématurément, doute de sa décision, malgré la présence du père... ou plutôt du géniteur. L'élégance et la singularité de ce préambule ne s'exileront pas pour la suite de l'ouvrage - s'en suivra une véritable valse d'histoires, avec un adolescent fuyant ses désirs homosexuels, un groupe d'individus victimes de tumeurs qui essaieront de comprendre pourquoi leur corps se retourne contre eux, une jeune fille qui, à 9 ans, a 36 ans et un jeune couple enchevêtré dans les noirceurs d'une fusillade. Sans oublier, bien sûr, cette dame qui parle aux cendres de son mari conservées dans une pierre de curling évidée et la grande histoire d'amour d'un gant et d'une chaussure - si c'est bien une chaussure.

Ma réaction à ce recueil en peu de mots : Big Bang m'a surpris. Cela a fait Big à la première nouvelle, et Bang aux suivantes. Tout au long de ma lecture, j'ai essayé de mettre le doigt sur ce qui rendait cet ensemble de récits si différent des autres. Pourquoi ce recueil de nouvelles me touchait plus que ceux que j'avais lus auparavant, me captivait davantage. J'ai pensé à l'originalité des textes de l'auteur, ce qui, vraisemblablement, y était pour quelque chose. Bien sûr, un tas de petites choses me plaisaient aussi dans son style - malgré la traduction - comme sa maîtrise des dialogues et l'élégance de sa plume. J'adorais l'idée de raconter une après-fusillade en fracturant la nouvelle autour d'objets liés de loin ou de près au drame. En effet, comment mieux exprimer ces moments que par le chaos, l'incrédulité et l'incertitude qui leur est propre. Mais je savais que ce n'était pas ça. C'était autre chose.

Et, à la dernière page, après avoir parcouru l'incroyable chronique des pensées d'un gant et d'une chaussure - je ne suis toujours pas certain que c'était une chaussure - j'ai compris. Les personnages. C'est la diversité, la personnalité et les couleurs des personnages du livre qui m'ont épaté à ce point. Je les ai trouvés vrais, marquants. Fascinants. L'auteur a su dès sa première publication ficeler des protagonistes vivants, presque réels, mais, surtout, hors du commun. Chacun avec son histoire à raconter, ses désirs cachés, ses obstacles. J'ai accueilli l'idée que Big Bang était peut-être davantage un recueil de personnages qu'un recueil de nouvelles. Plus un portfolio rempli de portraits que des mots assemblés en récits de fiction.

Évidemment, même si j'ai trouvé que la saveur du premier livre de Neil Smith déclinait quelque peu dans les dernières nouvelles - rien qui ne puisse remettre en cause mon appréciation de son travail -, je ne peux que lui affecter la mention « À lire absolument ». Que ce soit pour savourer le Big Bang personnel de l'auteur dans le monde littéraire ou bien pour rencontrer à travers les pages qu'il a écrites des gens fascinants et une humanité explosive, Big Bang mérite de se retrouver entre vos mains enthousiastes de lecteurs. Peut-être même vous retrouverez vous, comme moi, à attendre avec impatience la parution de Heaven Is a Place Where Nothing Ever Happens, son prochain roman! Sait-on jamais?

Quatrième de couverture

« Les huit récits de ce recueil rendent hommage à la beauté de la complexité humaine : des personnes atteintes d'une tumeur bénigne piègent un imposteur pour prouver que c'est leur bonté qui les a exposées à la maladie ; une fille de huit ans, souffrant d'une maladie qui fait défiler sa vie en accéléré puis à reculons, découvre l'amour ; une veuve qui lutte contre l'alcoolisme va pique-niquer dans le Vieux-Port de Montréal avec, dans son panier, les cendres de son mari et une bouteille de chardonnay. » 

Citations

" Une femme enceinte marche, la démarche chaloupée. Petite tête, ventre énorme - on dirait un point d'interrogation inversé : ¿."

" Elle avait l'impression de dériver. Élever un enfant aurait pour effet de l'ancrer. Aujourd'hui, elle a l'impression d'avoir jeté l'ancre par-dessus bord sans l'avoir au préalable attachée à son bateau."

" L'euthanasie. Enfant, elle entendait « lutte en Asie ». Elle s'imaginait des petiotes Chinoises, abandonnées sur le flanc de montagnes, qui s'accrochaient désespérément à la vie."

" J'éprouve une solitude familière, collante. Ce n'est ni un drap ni un linceul. C'est beaucoup plus mince, plus serré. Comme un justaucorps de solitude."

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Cette critique est aussi publiée sur La Recrue du mois, blogue qui, tous les 15 du mois, fait découvrir le premier roman d'un auteur québécois! Allez y lire les autres critiques de ce livre!

Publié dans Lecture

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Maxime Jobin 15/09/2008 15:29

Obligé de commenter mon propre billet, car ce n'est pas une chaussure, le deuxième personnage de Extrémités, mais bien un pied!