Jour 7 - Larmes et sable

Publié le par Maxime Jobin

Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Cizur Menor à Puente la Reina

Frustration, peine, décisions, accalmie. La journée débute. J’ai peur que Méli ne puisse marcher, mais j’ai encore plus peur qu’elle décide de le faire malgré la douleur. Malheureusement, c’est la dernière option qu’elle choisira et cela donnera la journée que nous avons connue. Après quelques temps de marche, Méli n’avance déjà plus qu’à 1 ou 2 km/h, notre vitesse normale se situant entre 5 à 7 km/h. Elle réussit à monter la montagne, étape de la journée, mais ses genoux font encore plus mal en descendant. Je dois avouer qu’alors j’étais frustré d’avancer si lentement, car j’avais peur que n’ayons plus de place dans le refuge de la ville où nous devions nous arrêter. Je n’en voulais bien sûr pas à Méli, je comprenais totalement, mais j’étais simplement déçu de la tournure des évènements. Mais jamais je n’avais pensé que cela pourrait signifier la fin du pèlerinage pour elle. Jamais avant que nous rencontrions nos amis Polonais et que ceux-ci tentent d’aider Méli avec diverses crèmes, pilules et bandages.

Tout le monde se tournait sur le passage de Méli pour l’aider ou lui donner des conseils. L’une des polonaises devait être infirmière ou médecin, car elles nous ont fait savoir avec beaucoup de sérieux que sa blessure était grave, puisque la peau de son genou avait prise une teinte rouge. C’est à ce moment que j’ai compris que Mélissa ne pourrait plus marcher pendant plusieurs jours, probablement jusqu’à la fin du chemin. Sa blessure pouvait bel et bien signifier la fin. Là a commencé la peine.

Tant et aussi longtemps que Méli était là et marchait avec moi vers la prochaine ville sur notre carte, j’essayais de rester calme et de l’aider du mieux que je pouvais, en lui prêtant mon bâton par exemple. Puis, rendu à Uterga, elle devait prendre un taxi ou rester dormir dans une auberge du coin, car elle ne pouvait plus du tout marcher. Heureusement, elle prit un taxi, ce qui me permit de la retrouver le soir. Dès qu’elle fût parti, je recommençais à marcher… les larmes aux yeux. Les sanglots et les pleures. Je savais et ne savais pas pourquoi. Si je pleurais, s’est que je me rendais compte que j’avais un choix impossible à faire : continuer tout le voyage seul où la suivre en autobus. Je ne voulais ni l’un ni l’autre. Je ne voulais pas cesser mon pèlerinage, car c’était, et ça l’est toujours, très important pour moi d’aller jusqu’au bout. Ce chemin est pour moi une étape obligée que je veux franchir et il était hors de question de passer outre. De l’autre côté, je ne voulais pas non plus continuer seul : marcher seul, trouver une auberge seul, passer mon temps et manger seul. Bien sûr, il y a les autres pèlerins, mais ce n’est pas la même chose : nous avons 18 ans et les pèlerins, souvent plus vieux, nous parle, nous aide, nous font rire, mais ne se « tiennent » pas avec nous. J’avais donc peur d’être seul, moi qui aime tant la solitude. J’ai compris alors que la solitude est soutenable et souhaitable pour moi uniquement s’il existe une porte de sortie. Mais dans ce cas, il n’y en aurait pas eu. Et donc, je pleurais, parce que je pensais que c’était la fin de tout! Quand je rencontrais d’autres pèlerins, je séchais mes larmes et mettais mes lunettes de soleil. Puis une fois plus loin, je recommençais de plus bel.

Mais il fallu bien que je m’arrête. J’ai alors commencé à réfléchir à toutes les solutions possibles. Puis j’ai rencontrés des gens, comme si le fait d’être pèlerin solitaire attirait davantage les autres. Finalement, j’ai retrouvé Méli au refuge à Puente la Reina. L’heure des décisions était arrivée : allait-elle me suivre de villages en villages avec la bus, ou allions-nous nous retrouver dans plusieurs jours dans une ville éloignée? Elle décida, pour demain du moins, d’appliquer la première solution. Je marcherai donc seul demain, mais retrouverai Méli dans un refuge… si je la trouve. Sinon, nous pourrons nous rejoindre à la ville suivante ou nous envoyer des mails. C’est un peu stressant, mais bon, nous n’avons pas vraiment le choix.

Alors que j’écris ces lignes, je me dis que de marcher seul sera peut-être une expérience enrichissante et que j’en apprendrai peut-être plus sur moi.

Nous verrons cela dans les prochains jours.

Avec du recul

Cette journée fut très dure moralement. C’aura été la pire des journées, mais Méli décidera de me suivre à chaque étape. Je ne resterai donc pas seul autant que j’en avais peur cette journée là.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Notre départ, Méli marche avec moi vers notre destination.
(2) Nous avons atteint le sommet de la montagne que nous devions monter ce jour là.
(3) Un "totem" du chemin, nous indiquant, avec sa flèche jaune, la direction à suivre. De telles indications sont présentes tout au long du chemin.
(4) Une fête à Muruzabal. Méli n'était plus avec moi depuis Uterga.

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martine, la pèlerine 11/02/2009 13:10

Le Chemin est imprévisible... comme la vie. Si Méli t'a involontairement abandonné, c'est peut-être que tu "devais" te retrouver seul... Les épreuves que nous rencontrons sur le chemin nous permettent de nous dépasser et de vivre des moments forts...

Maxime Jobin 11/02/2009 19:39


C'est ce que je me suis dit à mon retour. Le fait qu'elle n'ait pas pu continuer avec moi a changé complètement mon chemin, et je pense que c'était peut-être, justement, parce qu'il le fallait.