Lundi 2 avril 2007

Où suis-je? Je ne me souviens pas. Je ne me rappelle pas avoir utilisé mes jambes pour venir ici, à cet endroit. On dirait l'hiver. On dirait l’été. E n fait, cela ne ressemble à rien que je n’ai déjà vu, à rien de descriptible. Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que je n’ai jamais vu aussi clair, que je n’ai jamais compris aussi bien le sens de mon existence. Il me semble que je revois tout, que chaque moment de ma vie fait entièrement parti de moi, de l’âge fœtal à aujourd’hui. Je me souviens comme j’étais bien dans le ventre de ma mère, comme j’ai eu froid lorsqu’on m’en a sorti, comme tout a changé à partir de ce moment là. Il me semble que c’est à ce moment que ma vie a commencé, la vraie, celle où il faut respirer, boire et manger. Je me rappelle mon enfance, mon adolescence, mes amis et ma famille, mon amour. Mon amour… Où sont-ils? Pourquoi suis-je seul ici, dans cet endroit?

Soudain, je distingue parmi le silence un son. Celui d’une voix que je connais. Et je comprends. Je sais où je suis. Je ne suis pas là, c’est là l’endroit. Mon corps est à l’hôpital, mais moi, je n’y suis pas. Et on me dit que je peux mourir. Cette voix que j’aime me dit que je peux. 

Et pendant un temps qui me semble interminable, alors que pour eux là-bas, ce doit être une simple seconde, je pleure. Je le fais parce que je sais que je dois partir, mais je ne veux pas laisser derrière moi les gens que j’aime. Pourtant, je suis déjà mort, n’est-ce pas?

On me tend la main. Je panique. Je ne suis pas près. Je veux leur parler, JE VEUX LEUR PARLER! C’est impossible. Je parle, mais les lèvres de mon corps physique, elles, là-bas, ne bougent pas. Je pleure encore. Je ne veux pas quitter sans un dernier au revoir, sans les prendre tous dans mes bras une dernière fois. Et je cris :  « Amis, famille, amour, je vous aime. Je ne peux l’exprimer mieux que par ces deux mots si puissants. Je vous aime. Je t’aime. Je serai toujours là et je te guiderai. »

Le sol m’échappe. Ce n’est plus l’hiver, ce n’est plus l’été. Je ne suis plus seul. Je ne sais pas ce que c’est, mais ce n’est plus l’endroit, c’est L’Endroit. J’entends le pouls d’un cœur. Et tout s’éclaire, je sais où je suis,  l’Endroit où je serai pour toujours. Là dans ton cœur, me sens-tu?

Pour Lyne, de Maxime Jobin

 

publié dans : Écriture
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Commentaires

Wow...La fin est si souadaine et si belle à la fois. La métaphore Du " je serai dans ton coeur" est tout simplement magique. Je trouvais déjà splendide que tu reviennes placer les saisons du début à la fin...Mais le battement du coeur en plus! Bien charmante idée.
commentaire n° : 1 posté par : Élise le: 14/03/2008 02:47:13
Merci! J'ai écris ce texte pour ma tante dont le conjoint est mort récemment. En fait c'est carrément leur histoire, et je me suis dit que le fin la réconforterais un peu.
réponse de : Maxime Jobin (site web) le: 14/03/2008 12:11:54

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