Car parfois il y a des livres…

Publié le par Maxime Jobin

« Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut. »

Cicéron

Parfois il y a un livre qui nous fait découvrir la passion de lire. Il est unique et différent pour chaque personne. Ce roman, cette nouvelle ou encore ce conte, que l’on considérera par la suite comme son premier, est là pour nous apprendre cet amour que peut apporter le simple acte de lire, un sentiment qui est endormi en chacun de nous et qui n’attend que d’être éveillé. Il semble écrit pour nous, afin d’ouvrir nos horizons sur tous les autres. Il est le portail vers d’autres mondes, vers des êtres comme nous, d’autres différents, vers des lieux exquis ou effrayants, vers des temps anciens et futurs. C’est cet écrit qui rend tous les autres visibles. L’avez-vous lu? Il tombe souvent entre nos mains par hasard. Il est le livre qu’un ami nous a prêté et qui ne nous intéressait pas. Il est celui oublié par le précédent locataire de notre chambre d’hôtel. Il est l’un des bouquins dans la bibliothèque de nos grands-parents. Il est celui qu’un proche dépose sur la table et dans lequel nous décidons de lire une seule petite page en déjeunant. Le mien était celui que l’on achète à l’aéroport avant un voyage afin de passer le temps pendant le vol : Harry Potter et la chambre des secrets, de J.K. Rowling. Je ne connaissais alors pas le célèbre personnage, pourtant, quelques jours plus tard, je demandais déjà la suite. Jamais je n’avais lu aussi rapidement. J’étais atteint d’une maladie : la boulimie des livres. Lorsqu’on le découvre, le premier ouvrage qui éveille en nous la passion est le plus important de tous et, dans notre bibliothèque personnelle, il nous rappelle d’où vient notre affection pour la lecture.

Parfois il y a des livres qui nous emportent dans un élan de folie. Ils sont si captivants, que lorsque nous cessons de lire arrive ce moment magique où nous percevons notre réalité à travers un filtre, un voile dont le tissu est composé de l’essence même de l’ouvrage que nous quittons : le voile du lecteur passionné. Ce rideau de soie superpose la réalité des mots à la notre et nous retient à l’intérieur comme si une force, une folie, nous empêchait de sortir de son univers. C’est la réaction de notre esprit qui lui permet de lentement émerger de cet autre monde, de doucement éclairer le concret et le tangible. Qui, après avoir lu Lestat le vampire d’Anne Rice, peut dire ne pas avoir été enveloppé par la sensualité et l’aura du personnage, au point d’en trembler? J’en fus ensorcelé. Ces livres, grandes œuvres à nos yeux, nous font un instant voir la vie telle la toile d’un grand peintre.

Parfois il y a des livres qui deviennent des guides. On en lit quelques passages le soir avant de se coucher, en ouvrant une page au hasard. Ce sont ces livres qui nous servent de repères et de cachettes lorsque ça ne va pas. En quelque sorte, ils nous consolent et nous conseillent. Ils nous racontent symboliquement ou directement la voie à suivre. Pourquoi sont-ils des guides? Parce qu’ils nous touchent et nous ressemblent, ils nous apprennent à mieux nous connaître. La poétesse suisse Claire Genoux écrit d’ailleurs : « Lire, c'est partir à la découverte d'un univers, c'est aussi partir à la rencontre de celui qu'on est. » Généralement une œuvre guide est unique, posée sur notre table de chevet ou alors dans une poche, afin qu’elle suive le même chemin que nous. La mienne, L’encyclopédie du savoir relatif et absolu de Bernard Werber, a les coins arrondis tellement je l’ai feuilletée. Comment résister à un écrit qui nous parle? C’est impossible, il nous faut se laisser conduire par lui. Ces livres-guides sont ceux qui nous suivent toute notre vie.

Parfois il y a des livres que nous lisons, sans vraiment en avoir envie. J’ai lu Le livre du voyage parce que je l’avais gagné, mais je n’en avais pas vraiment le goût, même s’il était écrit par mon romancier favori, Bernard Werber. Il était différent des autres œuvres de l’auteur et il ne m’attirait pas. Pourtant, je fus surpris lors de ma lecture de comprendre que je l’aimais différemment de tous les autres que j’avais lus auparavant. Il était mon petit frère car, l’ouvrage étant écrit de sorte que le narrateur était le bouquin lui-même, il me semblait vivant. Si je l’avais mis de côté, je n’aurais jamais découvert ce genre d’amitié envers un livre. Lorsque nous en lisons un sans envie, il arrive que nous ne le finissions pas, que nous l’abandonnions, faute de passion et de folie. Ce n’est nullement une erreur, car comme disait Henri Lavedan, dramaturge français : « La mauvaise lecture est celle que l'on se reproche secrètement de faire. » Il vaut mieux alors consentir à cesser la lecture. Toutefois, il ne faut pas oublier ces chapitres au fond d’un tiroir. Chaque livre raconte l’histoire d’une âme, celle de son auteur. Chacun d’eux nous apporte invariablement quelque chose. Un écrit fait réfléchir, comprendre. Que nous l’ayons abandonné ou lu totalement mais sans ferveur, nous devrions toujours lui accorder une deuxième chance, car il arrive que ce ne soit tout simplement pas le bon moment d’en faire lecture. Quelque temps plus tard, celui-ci pourrait devenir un livre-guide et nous faire voir dans le monde quelque chose qui nous était auparavant invisible.

Parfois il y a des livres qui nous appellent, qui envahissent notre esprit. Du moment que nous les avons quittés, ils nous semblent se mourir. Peu importe l’activité pour laquelle nous avons cessé la lecture, nous ne souhaitons pas autre chose que de recommencer à lire. L’histoire, l’intrigue, les personnages et les lieux tournent dans notre tête sans jamais s’arrêter. Je pense aux romans de Dan Brown, maître du suspense. Il y a aussi Au pays des vivants, un récit écrit en duo par Nicci Gerrard et Sean French. L’histoire commence dans le noir : une femme est séquestrée, enveloppée dans un drap, les jambes et les mains liées, elle ne se souvient plus d’avoir été enlevée. On trouve cela affreux, inconcevable, mais on ne peut plus quitter le livre tellement on veut savoir comment cette femme s’en sortira. Subtilement, le suspense de ces écrits nous enroule dans une prison de fils qui nous empêchent de nous éloigner trop longtemps de l’histoire. Ces livres agissent comme une drogue, faisant tourner le monde autour d’eux.

Parfois il y a des livres qui nous déçoivent. Parce que nous nous attendions à mieux de la part de l’auteur, que nous aurions espéré autre chose.

Parfois il y a des livres qui nous choquent. Ce n’est alors que plus important de les lire en entier, afin de s’ouvrir à la différence et aux opinions d’autrui.

Parfois il y a des livres que nous relisons des dizaines de fois. « Lire est doux ; relire est - quelquefois - plus doux encore. »[1]

Parfois il y a des livres qui nous apprennent et nous font réfléchir.

Parfois il y a des livres qui nous font rêver.

Parfois il y a des livres qui nous touchent, qui nous font pleurer, rire, croire…

L’écume des jours, Et si c’était vrai, L’avalée des avalés, Les adieux à la reine, L’heure des sorcières, Les fourmis, La vie devant soi, 1984, Marie-Hélène au mois de mars, Nous les dieux, Brûlée vive, Marie-Antoinette l’insoumise, Le sang et l’or, Chercher le vent, Neiges artificielles, Dragon rouge, La forteresse digitale, Le domaine Blackwood

Car parfois il y a des livres. Ils nous aident à vivre, nous suivent partout où nous allons. Pour cette raison, tous ceux qui ont la passion de lire connaissent leur chance. En effet, cette passion, difficilement explicable et qui peut changer notre vision des choses, est pour nous la mère du flot même de la vie. Elle y donne parfois un sens. Personnellement, lire m’a apporté et m’apporte toujours les plus grandes leçons. Elle rend l’existence moins pragmatique et laisse place à cette part d’imaginaire dont j’ai crucialement besoin. Elle me permet de sentir que j’existe. Elle me donne une façon de m’évader, et de devenir autre. Car lire, c’est faire déborder notre cœur, c’est sortir de la conscience pour se plonger dans l’inconscience.


[1] Emile FAGUET, scénariste français 

Maxime Jobin

 

Publié dans Écriture

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zazimuth 14/08/2007 11:00

Moralité : les livres sont indispensables à la vie et au bonheur !