Un simple blogue, pas pour parler de moi, mais pour m'exprimer sur ce qui me tiens à cœur, que ce soit l'actualité, la politique, les bouquins, mes projets, mes textes, etc. Je veux un refuge qui me résume bien, qui me voit porté par les flots de mon existence à travers les années, comme un album souvenir d’opinions et de passions. Un endroit aussi pour entendre vos opinions, argumenter et amener à réfléchir. Ici, je souhaite que ce soit autant votre univers que le mien, je désir vous entendre, entre autre par l'intermédiaire des commentaires. Ici, c’est moi, c’est vous.

publié dans : Pèlerinage de compostelle
Mercredi 8 août 2007
Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Najera à Santo Domingo de la Calzada

Aujourd’hui fut une journée magnifique. Terminée la déception d’hier. De Najera à Santo Domingo de la Calzada, les paysages de champs, vignes et villages étaient à couper le souffle. Les verts, les jaunes, les bleus et les rouges étaient… comment dire… tellement vifs, tellement coloriés! Et puis je suis passé à travers deux villes, ce qui aide à la motivation, car marcher 20 kilomètres dans les champs donne une impression de longueur assez prononcée. L’une des villes, Cirueña, m’a toutefois déçue : des blocs de condos et d’appartements tous modernes mais surtout tous identiques! Sinon, je me suis perdu dans mes pensées davantage que les jours précédents, car j’ai osé quitter la beauté de mon environnement de marche pour les tréfonds de mon crâne. À mon arrivée à Santo Domingo de la Calzada, j’ai reconnu l’odeur des villes d’Espagne, une odeur si particulière, ressemblant à celle du pain, mais pourtant indescriptible dans son ensemble.

Aux portes de la ville, première auberge, personne. À la deuxième, je retrouve Méli. Sourire de se retrouver. Après de tumultueux- et oui, tumultueux -  problèmes pour se retrouver dans le même dortoir, nous réussissons finalement à avoir deux lits côte à côte. Douche, lavage, jeux de cartes. Nous allons à l’épicerie ensemble, ce qui est miraculeux.  Nous y retournerons plus tard pour acheter du pain, une baguette bien sûr. Nous passons de bons moments ensemble en parlant. Elle me dit avoir apprit beaucoup sur elle-même durant ce voyage, surtout sur ses faiblesses. J’ai beaucoup appris sur des forces que je ne croyais pas avoir. Je peux avoir plus de volonté que je ne l’aurais cru. Je découvre aussi que physiquement, je peux si seulement cela m’intéresse un tant soit peu et s’il y a un but intelligent derrière. Et puis, je me rends compte que je me débrouille beaucoup mieux en anglais que je ne l’aurais cru.

Maintenant, il est 8h20 et tout le monde mange. Évidemment, car les européens mangent beaucoup plus tard que nous. Hier soir, j’ai terminé Les Coloriés. J’ai adoré ce livre. J’en garde deux leçons fondamentales que j’essaierai de maîtriser :

1° Ne jamais refouler ses sentiments. Donc pleurer, chialer, sourire si l’on en a envie.
2° Dire la vérité, être honnête, peu importe les conséquences.

Si j’étais professeur de philosophie, Les Coloriés ferait très certainement parti des livres que mes étudiants auraient à lire!

J’ai proposé à Méli de s’écrire mutuellement une lettre à la fin du voyage pour se dire ce que l’on a appris de l’autre. Elle a accepté.

Il ne reste que 3 étapes. Demain, destination Belorado, 23 kilomètres.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin, on voit au loin d'autres pèlerins.
(2) L'une des églises de Santo Domingo de la Calzada.
(3) Méli, qui ne s'attendait pas du tout à ce que je la prenne en photo.

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Mardi 7 août 2007
Distance parcourue : 17 km
Trajet : De Navarrete à Najera

Aujourd’hui, encore sous la menace de la pluie qui ne tomba finalement jamais (je vais commencer à croire aux miracles), le chemin était entièrement dans la nature. Je ne passais dans aucune ville, ce qui, malgré le fait que je ne devais marcher que 16 kilomètres, donnait l’impression que je cheminais pendant beaucoup plus longtemps. La solitude pendant la marche commence à me peser. Ce que je vois et découvre est magnifique, mais à quoi bon voir tout ça si je ne peux le partager! Non vraiment marcher seul devient de plus en plus pénible. Heureusement qu’il ne reste que quatre étapes, car maintenant ce qui est le plus intéressant dans la journée c’est lorsque je retrouve Méli, et non plus le chemin.

C’est dommage, mais bien que parcourir le chemin seul me donne plus de temps pour réfléchir, j’ai besoin de compagnie. J’apprécie toujours le paysage, mais je trouve le temps long. Un peu avant d’arriver à Najera, notre destination, deux fauteuils étaient déposés en pleine nature. C’était la seule surprise de la journée. En plus, nous avons définitivement « perdu » tous les amis que nous nous étions fait, car nous avons fait 2 étapes en 3 étapes, au contraire de ces derniers.

Je sais, je sais, je m’en rends compte, mes écrits sont maussades, mais je me sens déçu par la tournure des évènements. Je ne suis pas déçu du voyage, car j’aurai passé de très bons moments, mais je sens que les journées de solitude à suivre seront difficiles. Quoiqu’il en soit, cela aura été l’une des plus belles expériences de ma vie, même si pour la vivre j’ai du souffrir physiquement et mentalement.

À ma grande surprise, la soirée m’a réconcilié avec le chemin. Moi et Méli avons passé une bonne soirée. Après le moment excitant où je lui ai fait découvrir ce que j’ai acheté à l’alimentacion, nous avons fait cuir des raviolis et les avons mangés en discutant avec un couple de français. C’était bien intéressant. Nous avons parlé du chemin, des différences de culture entre la France et le Québec, des choses à voir à Paris et même du débarquement de Normandie, ce qui fut un moment émouvant. Nous avons ensuite discuté sur nos lits, moi et Mélissa. Je suis prêt et motivé pour demain.

Il est 8h15, je vais terminer Les Coloriés.

P.S. :  Il y a pleins de canadiens ici! Pas de québécois par contre.

Avec du recul

Tout au long du pèlerinage, ces genres de montagnes russes morales ont eu lieu à plusieurs reprises. La solitude me pesait un jour et me réjouissait l’autre. Le matin j’étais motivé et l’après-midi non ou vice-versa. J’ai compris qu’il n’y avait rien de plus normal, surtout lorsqu’on se sent éloignés de nos proches.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Une fidèle flèche jaune, signalisation pèlerine.
(2) Vous ne rêvez pas, je suis bien assis sur un fauteuil en plein milieu de nul part. Il semble que quelqu'un ait voulu créer un espace de repos pour les pèlerins. Merci au cycliste qui m'a pris en photo!
(3) Un amas de roche formé par les pèlerins. On trouve de ces montagnes de pierres partout sur le chemin. Il s'agit souvent de pierres amenées du pays d'origine. Ces roches représentent les problèmes et les maux du pèlerin, et lorsque celui-ci place l'une des ses roches sur l'un de ces monticules, ses problèmes, selon la légende, restent à cet endroit. Le pèlerin peut donc continuer le chemin en paix. On peut également voir un symbole rouge et blanc, qui signifie que nous sommes dans la bonne direction.
(4) Un paysage de vignes et de terre.

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Lundi 6 août 2007

Distance parcourue : 22 km
Trajet : De Viana à Navarrete

Je me réveille du haut de notre lit à trois étages et j’entends la pluie. J’essais d’écouter mieux pour savoir si j’hallucine, mais comme d’habitude les gens sont déjà en train de faire leur sac et tout leur brouhaha m’empêche d’entendre.  Pourquoi se lever à 5h30 aussi? J’ai envie de leur dire de se taire, j’ai dû me lever du pied gauche. Je n’ai d’autre choix que de me rendormir.

À mon deuxième réveil, vers 6h10, je vais voir à la porte fenêtre. Il fait encore trop noir, je ne peux pas voir si le ciel est nuageux. Néanmoins, je sais qu’il ne pleut plus. Je ramasse mes affaires et mange une barre de survie pour déjeuner, n’ayant pu aller à l’épicerie hier. Plus tard, je vais laisser Méli qui ira prendre le bus et je continuerai le chemin.

Heureusement, sauf quelques gouttes avant d’arriver à Logroño - ville séparant mon point de départ et ma ville destination, Navarette – il n’a pas pleut du tout. Au début, je ne pensais qu’à la pluie, mais j’ai fini par me dire que j’étais en Espagne et que ce n’était pas important s’il pleuvait ou non. Ce qui l’était par contre c’était de vivre le moment présent. Et cette tirade souvent entendue m’a fait réfléchir sur l’importance du moment présent.

Je crois que les gens qui disent qu’il nous faut vivre seulement dans le présent on tord. Ils occultent deux parties aussi importantes que le présent de leur vie : le passé et le futur. Je crois que la clé, c’est de savoir maintenir un certain équilibre entre passé, présent et futur. Il est primordial de laisser une place au passé dans notre existence pour éviter de répéter constamment les mêmes erreurs et pour faire un arrêt sur image de ce que nous étions avant en regardant ce que nous sommes aujourd’hui. Le passé nous apprend, il est le témoignage de notre évolution. L’avenir est tout aussi obligatoire, car penser le futur c’est tout simplement se donner un but, une ligne de mire, un sens. Vivre tout au présent, sans penser à demain, c’est agir sans réfléchir aux conséquences à long ou court terme, c’est ne pas se donner de chances d’une vie comme nous la désirons. Le futur est donc lui aussi important. Le présent quant à lui est, bien que n’existant pas selon moi (chaque millisecondes fait parti du passé du moment que l’on y pense), autant nécessaire que les deux autres. Vivre le moment présent nous permet de savourer pleinement ce qui nous arrive, de ne pas vivre qu’en tons de gris, qu’en souvenirs et en projets. Je dois avouer que le présent est le temps que j’ai le plus de mal à gérer. J’y pense rarement. C’est ce que j’essai de faire ici : trouver l’équilibre entre les trois temps.

Pour passer le temps, moi et Méli avons parlé du tout et de rien, une fois que je suis arrivé. Nous avons mangé des saucisses, du maïs, du pouding au chocolat, du popcorn et une barre tendre. Des aliments que nous avons acheté ensemble, car l’épicerie était, pour une fois, près du refuge. Ce fut une belle soirée.

Maintenant, il est 8h00 et je vais lire.

En photos

En ordre de présentation : 
(1) Sur le chemin, il est fréquent de rencontrer des lettres cloués au sol par des bouts de bois ou des pierres. Celle dit dit approximativement (vu mon espagnol plus ou moins bon) : "Cher pèlerins, il est temps pour nous de retourner en France. Nous sommes très heureus de vous avoir rencontrer. Bon chemin à tous. Nous pensons particulièrement à Victor, Jule, Giorgio, Maria... les autres français. Ultréia! (ce qui ne se traduit pas vraiment)".
(2) Durant le trajet, je me suis en quelque sorte perdu dans un cimetière. Les flèches jaunes ne sont pas toujours très précises!
(3) Durant une bonne partie du chemin, on longe une grille de métal. Ce qui est exceptionnel, c'est que du début à la fin, cette grille est remplie de croix de bois faites par les pèlerins. C'est très impressionnant. J'ai d'ailleurs ajouté la mienne au lot.
(4) Une énorme affiche de taureau surplombe la ville de Navarette.
(5) Navarette, enfin!

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Dimanche 5 août 2007
Distance parcourue : 20 km
Trajet : De Los Arcos à Viana

Los Arcos, Sansol, Torres del Rio, puis notre destination : Viana. Durant le trajet, pendant environ 20 minutes, un homme a joué avec un instrument à bouche de la musique celte. C’était saisissant et enivrant et il égaya notre marche à tous. Puis j’ai rencontré un groupe de 8 ou 9 français. J’ai parlé avec deux d’entre eux de la blessure de Méli et du chemin. Pendant ce temps, Méli attendait la bus, pendant plus de 4 heures, car nous sommes dimanche et il n’y a pas de bus le matin le dimanche en Espagne comme nous l’avons apprit aujourd’hui.

C’est vraiment dommage qu’elle se soit blessée, beaucoup pour elle, mais pour nous aussi, car maintenant, une fois au refuge, nous ne pouvons plus partir à pied pour visiter la ville dans laquelle nous nous trouvons. Nous ne pouvons plus non plus aller au marché ensemble pour choisir nos repas, ce qui était un moment spécial pour nous de la journée. J’ai peur qu’à force le voyage devienne monotone. Parce que le seul moment excitant de la journée, c’est la marche sur le chemin et c’est seulement moi qui en profite. De plus, c’est bien marcher seul, c’est toujours beau, mais cela peut devenir long.

J’adore tout de même être ici. Présentement, je suis assis sur le mini balcon de fenêtre à paravent de notre dortoir. C’est magnifique et je sais que je ne retrouverai cela nulle part ailleurs par la suite. J’apprécie le moment. Dehors, le temps s’assombrit pour la première fois depuis le début du chemin. J’espère qu’il ne va pas pleuvoir demain.

Nous sommes dimanche et nous venons d’apprendre à nos dépens que les marchés sont fermés. Il semble que le dimanche, peu de choses se passent en Espagne. Nous mangeons donc notre restant de spaghetti et le repas de survie – lasagne – de Mélissa. À mon grand étonnement, ce fut bon.

Pendant que j’écris, à côté de moi, Méli lit mon livre. Elle a eu tellement de temps, qu’elle est déjà rendu plus loin que moi. J’ai eu peur aujourd’hui de ne pas la retrouver, car, à cause de l’imprévue du dimanche, elle est arrivée après moi à l’auberge. Je me demande comment elle se sent. Elle m’a avoué être rendue au stade de la colère concernant ses genoux. Espérons que sa blessure guérira vite, bien que je n’aie très peu d’espoir qu’elle puisse marcher à nouveau avec moi avant la fin.

Voilà, maintenant il pleut. Faites que toute la pluie tombe cette nuit et qu’il n’en reste plus pour demain!

Bon, je vais aller soigner une ampoule qui s’est formée entre deux de mes orteils. Heureusement, elle ne fait pas mal et elle est déjà percée.

Qu’il fait chaud!

Avec du recul

Je n’aurai plus d’ampoule du voyage, et celle qui se forma ce jour là ne fera jamais mal.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Je part assez tôt ce matin là pour prendre en photo un magnifique levé de soleil.
(2) Le chemin, en asphalte pour ce bout là.
(3) Un petit abri en pierre pour les pèlerins en difficulté.
(4) Notre dortoir rempli de lits à... 3 étages!

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Samedi 4 août 2007
Distance parcourue : 20 km
Trajet : De Ayegui à Los Arcos

Des champs, des noyers, de la terre rouge : c’est ce que j’ai vu après avoir quitté Méli se matin à son destin de femme aux genoux blessés, après l’avoir prise dans mes bras pour la réconforter, et me réconforter moi, car en fait c’est tout ce que je peux faire.

Ayegui, Villamayor de Montjardin et finalement Los Arcos, où j’arrive à 11h30. Méli m’attend devant le refuge municipal. Nous sommes contents de nous retrouver. Ma première expérience de marche solitaire a bien été, mais je dois avouer que le temps passe plus lentement. Plus de temps pour penser par contre.

Notre après-midi fut un peu vide : Méli a lu les 100 premières pages de mon livre, j’ai continué ma lecture également et nous avons joué aux cartes. Puis, pour souper, nous avons fait frire sur la poêle des oignons, piments et champignons, légumes que nous avons mélangé avec du riz. C’était bon et différent.

Sinon, tout va bien, je n’ai pas mal aux genoux, ce qui m’étonne vraiment – je soupçonne mon bâton de marche d’y être pour quelque chose. J’ai encore un peu mal aux épaules et aux jambes, mais c’est tout à fait normal et endurable. Nous avons retrouvé nos amis français et notre amie italienne, que nous avions perdus hier. Pas de signe à l’auberge des polonais.

Nous avons également rencontré au souper un prêtre français et son ami. Le prêtre nous a expliqué la raison de son pèlerinage. Il nous a demandé ce qu’était la nôtre. Je n’y avais jamais réfléchi à fond, je n’ai donc pas trop su quoi répondre. Mais après y avoir pensé, je dirais que c’est en tout premier lieu pour vivre une expérience hors du commun. L’objectif principal est donc atteint. Ensuite, je crois que je cherche à marcher ce pèlerinage pour une question de spiritualité personnelle. Je suis à la découverte de moi-même, de mes limites, je veux redéfinir mes valeurs. Je ne répondrai pas aux questions existentielles grâce à ce voyage, mais je suis persuader qu’il m’aura permit de grandir. Je vois déjà certaines différences chez moi. Je suis plus ouvert à aller parler aux autres, ce qui m’effrayait avant. Pour faire ce pèlerinage, on peut chercher une réponse à une question. Probablement la trouveront nous. Mais avoir une question n’est pas important. C’est la réponse, le résultat final qui compte.

Sur ce, je lis et me couche. Il est 9h30.

Avec du recul

Nous nous ferons demander pourquoi nous avons fait ce pèlerinage encore plusieurs fois durant le voyage. Je répondrai ce que j’ai écrit ici.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Paysage durant ma marche solitaire.
(2) Aux côtés d'un vignoble, des pèlerins se sont regroupés pour profiter de la fontaine de... vin! En effet, on retrouve à cette endroit une fontaire d'eau ainsi qu'une fontaine de vin.
(3) Décourageant... mais si beau! Un long champ à traverser, et ce n'est pas terminé, ça tourne et ça continue!
(4) J'arrive à Los Arcos. Des pèlerins se sont réunis devant le monastère de la ville.

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Vendredi 3 août 2007
Distance parcourue : 24 km
Trajet : De Puente la Reina à Ayegui

La journée a été totalement différente de celle prévue. À mon réveil, Méli me demande si je peux finalement rester avec elle, prendre la bus, car cela la stress, elle a peur qu’on ne se retrouve pas. Juste pour aujourd’hui qu’elle me dit. Sa demande m’étonne, mais après mûre réflexion, je décide de l’accompagner : car est-ce que c’est plus sage de rester avec une amie qui en a besoin ou de continuer le chemin par, disons les vrais mots, pur égoïsme, pour pouvoir dire ne pas avoir sauté d’étape? C’est évident que je suis déçu d’avoir prit l’autobus pour faire une partie du chemin, mais je ne regrette pas mon choix, je devais prendre cette décision pour Méli. Je n’ai donc pas marché pour aller à Estella aujourd’hui.

Mélissa a pu se reposer pendant une bonne partie de la journée, après malheureusement avoir marcher près de 2 kilomètres entre l’arrêt d’autobus et l’auberge d’Ayegui, une ville plus loin , car nous n’avons pas trouvé de refuge à Estella. Malgré cela, nous sommes, je crois, tous les deux d’accord pour dire qu’elle ne pourra plus marcher du chemin. Elle a donc du prendre de dur décisions concernant le reste du voyage. Je veux continuer. Elle a décidé que, pour l’instant, elle me suivrait en bus.

Je crois néanmoins qu’elle le prend très mal. Bien qu’elle ne veuille pas le laisser paraître, elle a pleuré. Je ne sais pas quoi faire pour la réconforter. Je la comprends totalement, car j’ai versé des larmes pour exactement la même raison qu’elle hier. Seulement pour elle c’est encore plus dur car elle ne pourra effectivement pas continuer. De plus ses genoux doivent lui faire affreusement mal, ce qui ne l’aide pas vraiment. Au moins, tout le monde est très gentil avec elle.

Je vais continuer, du moins jusqu’à ce que Méli décide si elle continue de me suivre éternellement ou non. Alors je réfléchirai à nouveau, car ça ne voudra plus seulement dire seul sur le chemin, mais seul aux refuges, seul dans un pays dont je connais mal la langue. Demain donc, je continue. 20 kilomètres environ vers Los Arcos, où j’espère retrouver Méli.

Maintenant, je vais lire pour me détendre un peu. Je vais d’ailleurs laisser mon livre à Méli pendant les journées, qu’elle ait quelque chose à faire.

Maude, Les Coloriés est un livre que tu adorerais j’en suis sûr, si tu ne l’as pas déjà lu.

Maman, je pense beaucoup à toi ces jours-ci. J’ai hâte de te revoir, même si j’adore l’Espagne.

Quelques petites différences entre le Québec et l’Espagne que je tiens à noter avant d’aller lire :

  •  
  • Les espagnols soupent (dînent) entre 9h00 et 10h00 du soir. Ils font une sieste l’après-midi.
  •  
  • Ils mangent beaucoup plus de poissons et de légumineuses.
  •  
  • Les commerces ouvrent à 10h00 du matin, sont fermés de 1h00 à 4h00 ou même 5h00 et ouvrent à nouveau jusqu’à tard le soir.
  •  
  • Les espagnols sont moins pressés, plus lents et n’ont pas la notion de « bon-service », dans le sens où s’ils décident de ne pas ouvrir une telle soirée, parce qu’ils préfèrent dormir, ils n’avertissent pas les clients et n’ouvrent tout simplement pas. Au Québec, cela serait impensable.
En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Les rues de Puente la Reina.
(2) Une rivière à Estella.
(3) Notre refuge de pèlerins à Ayegui.
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Jeudi 2 août 2007

Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Cizur Menor à Puente la Reina

Frustration, peine, décisions, accalmie. La journée débute. J’ai peur que Méli ne puisse marcher, mais j’ai encore plus peur qu’elle décide de le faire malgré la douleur. Malheureusement, c’est la dernière option qu’elle choisira et cela donnera la journée que nous avons connue. Après quelques temps de marche, Méli n’avance déjà plus qu’à 1 ou 2 km/h, notre vitesse normale se situant entre 5 à 7 km/h. Elle réussit à monter la montagne, étape de la journée, mais ses genoux font encore plus mal en descendant. Je dois avouer qu’alors j’étais frustré d’avancer si lentement, car j’avais peur que n’ayons plus de place dans le refuge de la ville où nous devions nous arrêter. Je n’en voulais bien sûr pas à Méli, je comprenais totalement, mais j’étais simplement déçu de la tournure des évènements. Mais jamais je n’avais pensé que cela pourrait signifier la fin du pèlerinage pour elle. Jamais avant que nous rencontrions nos amis Polonais et que ceux-ci tentent d’aider Méli avec diverses crèmes, pilules et bandages.

Tout le monde se tournait sur le passage de Méli pour l’aider ou lui donner des conseils. L’une des polonaises devait être infirmière ou médecin, car elles nous ont fait savoir avec beaucoup de sérieux que sa blessure était grave, puisque la peau de son genou avait prise une teinte rouge. C’est à ce moment que j’ai compris que Mélissa ne pourrait plus marcher pendant plusieurs jours, probablement jusqu’à la fin du chemin. Sa blessure pouvait bel et bien signifier la fin. Là a commencé la peine.

Tant et aussi longtemps que Méli était là et marchait avec moi vers la prochaine ville sur notre carte, j’essayais de rester calme et de l’aider du mieux que je pouvais, en lui prêtant mon bâton par exemple. Puis, rendu à Uterga, elle devait prendre un taxi ou rester dormir dans une auberge du coin, car elle ne pouvait plus du tout marcher. Heureusement, elle prit un taxi, ce qui me permit de la retrouver le soir. Dès qu’elle fût parti, je recommençais à marcher… les larmes aux yeux. Les sanglots et les pleures. Je savais et ne savais pas pourquoi. Si je pleurais, s’est que je me rendais compte que j’avais un choix impossible à faire : continuer tout le voyage seul où la suivre en autobus. Je ne voulais ni l’un ni l’autre. Je ne voulais pas cesser mon pèlerinage, car c’était, et ça l’est toujours, très important pour moi d’aller jusqu’au bout. Ce chemin est pour moi une étape obligée que je veux franchir et il était hors de question de passer outre. De l’autre côté, je ne voulais pas non plus continuer seul : marcher seul, trouver une auberge seul, passer mon temps et manger seul. Bien sûr, il y a les autres pèlerins, mais ce n’est pas la même chose : nous avons 18 ans et les pèlerins, souvent plus vieux, nous parle, nous aide, nous font rire, mais ne se « tiennent » pas avec nous. J’avais donc peur d’être seul, moi qui aime tant la solitude. J’ai compris alors que la solitude est soutenable et souhaitable pour moi uniquement s’il existe une porte de sortie. Mais dans ce cas, il n’y en aurait pas eu. Et donc, je pleurais, parce que je pensais que c’était la fin de tout! Quand je rencontrais d’autres pèlerins, je séchais mes larmes et mettais mes lunettes de soleil. Puis une fois plus loin, je recommençais de plus bel.

Mais il fallu bien que je m’arrête. J’ai alors commencé à réfléchir à toutes les solutions possibles. Puis j’ai rencontrés des gens, comme si le fait d’être pèlerin solitaire attirait davantage les autres. Finalement, j’ai retrouvé Méli au refuge à Puente la Reina. L’heure des décisions était arrivée : allait-elle me suivre de villages en villages avec la bus, ou allions-nous nous retrouver dans plusieurs jours dans une ville éloignée? Elle décida, pour demain du moins, d’appliquer la première solution. Je marcherai donc seul demain, mais retrouverai Méli dans un refuge… si je la trouve. Sinon, nous pourrons nous rejoindre à la ville suivante ou nous envoyer des mails. C’est un peu stressant, mais bon, nous n’avons pas vraiment le choix.

Alors que j’écris ces lignes, je me dis que de marcher seul sera peut-être une expérience enrichissante et que j’en apprendrai peut-être plus sur moi.

Nous verrons cela dans les prochains jours.

Avec du recul

Cette journée fut très dure moralement. C’aura été la pire des journées, mais Méli décidera de me suivre à chaque étape. Je ne resterai donc pas seul autant que j’en avais peur cette journée là.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Notre départ, Méli marche avec moi vers notre destination.
(2) Nous avons atteint le sommet de la montagne que nous devions monter ce jour là.
(3) Un "totem" du chemin, nous indiquant, avec sa flèche jaune, la direction à suivre. De telles indications sont présentes tout au long du chemin.
(4) Une fête à Muruzabal. Méli n'était plus avec moi depuis Uterga.

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Mercredi 1 août 2007
Distance parcourue : 21 km
Trajet : De Larrasoaña à Cizur Menor

J’ai mal aux épaules. C’est endurable, mais j’espère que ça partira bientôt, car ça fait déjà deux jours. La journée a bien été, tellement bien qu’elle me motive à continuer. Le premier tiers de l’étape se marchait dans un paysage ressemblant à celui du Québec – en forêt de conifères-, donc moins intéressant. Le deuxième tiers, on découvrait des champs et des montagnes à couper le souffle. Au dernier tiers, nous traversions la ville de Pamplona, une des grosses villes du trajet de Compostelle, riche architecturalement Méli a vraiment apprécié cette partie du chemin et moi aussi.

Par contre, elle m’inquiète. Elle croit avoir une tendinite dans chaque genou et je pense malheureusement qu’elle a raison. Elle ne boit pas beaucoup et n’a pas de bâton de marche pour soutenir le poids de son sac, donc ses genoux prennent le choc. Il est présentement 8h00 et elle est allée se coucher. C’est très bien ainsi, ses genoux ont besoin de repos. Mais j’espère qu’elle ira mieux demain, sinon je continuerai seul la prochaine étape.

Je note qu’après 3 jours, on peut déjà voir une routine s’installer : réveil, remplissage du sac, déjeuner, départ, dîner, arrivé, douche, lavage, séchage, toilette, repos, temps libre, achat des trois prochains repas. C’est sécurisant de voir que tout n’est pas imprévus. Aussi, nous faisons de plus en plus de rencontres intéressantes et durables. Nous avons marché la moitié du chemin aujourd’hui avec Suzanna, une italienne qui parle l’anglais. Nous avons parlé de nos pays respectifs et nous avons même fait un échange : un 5$ contre un 5 €. La marche a été très plaisante avec elle. Un français, dont le nom nous est inconnu – nous devrions le lui demander – est dans les mêmes refuges que nous depuis presque le début. Il a aidé Méli avec ses genoux en lui disant de mettre de la glace et de faire de la compression sur ceux-ci. Un espagnol nous a aidé à faire notre riz du soir -  nous ne savions pas combien mettre d’eau – et Méli a prêter à une autre espagnole notre bandage pour genou (elle ne veut pas le mettre). Malheureusement, nous avons « perdu » l’italienne et nos amis polonais à Pamplona, la ville juste avant celle où nous nous sommes arrêter – Cizur Menor – car ils s’y sont arrêter pour dormir au lieu de continuer plus loin.

J’ai commencé à lire Les Coloriés. Le livre me semble bon. Je vais d’ailleurs finir mon chapitre, puis me coucher. Demain est plus dur qu’aujourd’hui, mais moins que les 2 premières journées.

Avec du recul

J’aurai mal aux épaules durant tout le chemin, mais de moins en moins, car je finirai par m’y habituer. Nous recroiserons plusieurs fois encore Suzanna et les polonais. Le français sera dans les mêmes auberges que nous pour quelques étapes encore.

Le soir, je me souviens être sorti près de l’église située sur le même terrain que l’auberge pour contempler l’horizon et penser un peu.

En photos
Dans l'ordre de présentation :
(1) Sur le chemin, vers Pamplona.
(2) Centre-ville de Pamplona.
(3) Monastère situé à côté de notre refuge. Certains pèlerins vont y dormir dû à un manque de place dans le refuge.

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Mardi 31 juillet 2007
Distance parcourue : 25 km
Trajet : De Roncevaux à Larrasoaña

Burgete – village extraordinaire -, Espinal, Lintzoain, Zubiri, quelques autres et finalement Larrasoaña. Encore 27 km aujourd’hui, encore 8 heures, malgré les descentes plus fréquentes que les montées. J’ai pourtant trouvé cette journée plus difficile que la précédente, peut-être parce que j’ai manqué d’eau au ¾ du chemin et qu’à la moitié le peu d’eau qu’il me restait était horriblement chaude. Peut-être aussi parce que j’avais mal aux épaules et que le paysage était globalement moins impressionnant. Les conifères ont fait leur apparition. Je dois avouer qu’à partir du moment où je suis devenu très faible à cause du fait que je ne pouvais pas boire autant d’eau que j’aurais voulu, je me suis demander à nouveau ce que je faisais ici. Mais je crois que c’est normal et que cela se reproduira encore quelques fois.

En marchant, lorsque c’est plat, nous avons beaucoup de temps pour penser. J’ai donc eu le temps de réfléchir à certaines choses, dont l’éternité. Parce que je regardais autour de moi les merveilles de la nature, j’ai pensé « cela ne peut venir de personne d’autre que Dieu », malgré le fait que je n’y crois pas. Et qui dit Dieu parle d’éternité. J’en suis venu à la conclusion que l’éternité était la seule solution possible à l’existence du monde et à la nôtre. Car premièrement, si rien n’existait avant (même Dieu, car il aurait bien fallu le créer lui aussi), alors comment peut-il ressortir quelque chose du rien? Je ne pense pas non plus qu’on puisse passer de ce que nous connaissons aujourd’hui à un vide absolu, à rien. Même si la terre explosait à cause de l’humanité, il resterait encore quelque chose. Même nous, lorsque nous mourrons, retournons dans le cycle de la nature. J’ai donc compris que l’éternité était la seule solution à ce problème et que si l’homme ne pouvait imaginer ce concept, c’était simplement parce qu’il naît et meurt et que pour lui, tout a un début et une fin. Or, il me semble qu’il doit en être autrement. Le monde ne peut avoir été créé, car dans ce cas il faut un géniteur et alors comment est né ce géniteur? Cercle sans fin.

Je veux écrire sur notre régime alimentaire et nos heures de coucher et de lever depuis le début de notre pèlerinage. Pour déjeuner, nous avons pour l’instant mangé de la baguette de pain, des croissants ou des muffins. Pour les dîners : bananes, barre tendres, thon, cacahuètes, chips et pomme. On ne peut rien manger de « frais », comme un sandwich avec de la viande froide, car on doit pouvoir amener des choses qui se conservent à la chaleur. Pour les soupers : poisson et patates frites, spaghetti sauce tomate que nous cuisinons nous-mêmes et salade, la première soirée à Saint-Jean-Pied-De-Port. Pour ce qui est du coucher et du levé, nous nous couchons vers 9h00-10h00 du soir, puisque tout el monde fait du bruit avant, et nous nous levons vers 6h30, malgré le fait que certains se lève vers 5h30.

Bon, assez pour ce soir. Je vais me coucher.

P.S. : Il n’y a toujours pas d’épicerie dans cette ville, c’est complètement ridicule. Heureusement l’auberge a quelques provisions à vendre.

Avec du recul

Si j’ai trouvé cette journée plus difficile que les autres, c’est clairement à cause du manque d’eau. Les paysages était admirables et la marche pas si dure que ça. Le point d’arrivé était fabuleusement beau, un petit village dont les maisons était tous collés, faites en pierres ou en un matériau proche du ciment. Je me souviens de l’auberge : l’accueil, la cuisine et la salle de repos était dans un bâtiment, les dortoirs dans un autre à deux étages et les toilettes dans un véhicule du style bureau de chantier. Nous pouvions sortir dehors sur des tables pour jouer aux cartes ou écrire, ce que nous avons fait.

Après ces deux premières journées de marche,  toutes les autres ont semblé faciles.

En photos

Dans l'ordre de présentation :
(1) Espinal, le premier village que nous croisons cette journée là. Un système de ramassage des eaux spécial nous fait sembler être dans une ville construire sur l'eau.
(2) Paysage du matin pendnant la marche.
(3) Méli nous fait un beau sourire!
(4) Notre refuge de la journée. Nous sommes au 2e étage.

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publié dans : Pèlerinage de compostelle
Lundi 30 juillet 2007
Distance parcourue : 27 km
Trajet : De Saint-Jean-Pied-De-Port à Roncevaux

Fatigue, douleur, c’est ce qui décrit le mieux l’état dans lequel je me trouve présentement. Nous avons marché aujourd’hui plus de 27 km en 8 heures, comme prévu, toute pause comprise. Long, très long, mais ça en a valu la peine.

Le début de notre marche était tout à fait sublime : à travers les collines verdoyantes, on pouvait voir Saint-Jean-Pied-De-Port et les villages alentours. Les Pyrénées sont superbes, car il n’y a rien de comparable au Québec. En fait, cette chaîne de montagne est loin d’être rocheuse. Il s’agit plutôt de gigantesques collines où pousse végétation, champs et feuillus. Ces collines peuvent pourtant parfois être aussi abruptes qu’une montagne, tout en gardant leur aspect doux et vallonneux. C’est ce qui fait le charme de ces montagnes.

Plus nous montions, moins c’était beau. Simplement parce que les nuages à nos pieds nous cachaient la vue à 10 mètres, tel un épais brouillard. Pourtant, il y avait dans cette brume nuageuse un véritable spectacle. Durant le trajet en hauteur, nous pouvions facilement nous imaginer dans un rêve tellement l’ambiance et l’environnement nous semblait irréel. Et dans ce lieu étrange, nous avons aperçus des centaines de chèvres, des centaines de vaches et des dizaines de chevaux en totale liberté, nous bloquant parfois le chemin.

Après une descente d’environ 400 mètres, des mètres que nous avions montés précédemment, nous sommes arrivés à Roncevaux, notre ville destination de la journée, vers 3h00 de l’après-midi. Nous nous sommes aperçus que cette « ville » n’avait rien d’extraordinaire. Tout ce que nous y avons trouvé ce sont deux églises, deux hôtels-restaurants offrant principalement le menu du pèlerin -  c’est-à-dire une truite servi complète avec des frites - , une auberge de jeunesse, un office du tourisme et un refuge pour pèlerin, celui où nous sommes actuellement. Aucune épicerie et à première vue aucun habitant. On dirait une ville créée expressément pour les pèlerins.

Le refuge est magnifique, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il est situé dans un ancien lieu de quarantaine, à ce que j’ai entendu. Toutefois, malgré sa beauté, je dois dire qu’il est très mal organisé : 2 douches pour environ 50 hommes et une heure d’ouverture tardive – c’est-à-dire 4h00 de l’après-midi – qui donna lieu à un bordel pour aller prendre nos douches, tout le monde étant arrivé en même temps. Mais sinon, ça va, même si le dortoir est énorme : près de 100 lits.

Pour le souper, ne pouvant faire à manger en l’absence d’épicerie, nous avons mangé le menu du pèlerin au restaurant situé à côté de l’office de tourisme. Des françaises assises à notre table nous ont expliqués comment manger notre poisson  entier – que j’appelais affectueusement : le poisson qui nous regarde dans notre assiette – après que nous leur ayons expliqué qu’au Québec, le poisson était normalement déjà apprêté. Ce fut un bon souper, ou devrais-je plutôt écrire dîner, si je veux m’intégrer à la culture locale.

Donc aujourd’hui, nous avons franchi la pire des étapes : la traversée des Pyrénées. Demain, nous allons redescendre une partie de l’altitude montée à ce jour. J’espère que je serai d’attaque. D’ici là, j’aurai certainement dormi vu mon niveau de fatigue. Mais avant, lecture.

En photo

Dans l'ordre de présentation :
(1) Vue des villages du haut d'un petit sommet des pyrénées.
(2) Des chèvres nous bloquent le chemin!
(3) Sur le chemin, nous avions déjà commencé à descendre vers Roncevaux, puisqu'il nous ne sommes plus dans les nuages.
(4) Notre dortoir où environ une centaine d'autres pèlerins dorment avec nous. C'est le plus grand dortoir que nous allons avoir pendant tout le voyage.

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publié dans : Pèlerinage de compostelle
Dimanche 29 juillet 2007
Nous sommes maintenant dans le train, un TGV, qui nous mènera à Bayonne, là où nous prendrons un autre train pour se rendre à Saint-Jean-Pied-De-Port. Nous découvrons la France : champs jaune-blé à perte de vu, boisés de feuillus, maisons et églises d’un patrimoine qui fait, pour les Français, parti de la vie de tous les jours. Un patrimoine beaucoup plus vieux et significatif que le nôtre.

Ma frousse d’hier disparait à mesure que nous nous éloignons de Paris. Il faut dire qu’elle se mêlait à une toute autre émotion : je n’ennuyais de mon monde. Maladie du voyageur quasi-solitaire qui part pour une première fois. Heureusement que Méli est là. Quoiqu’elle dort beaucoup. Nous n’avons pas vraiment dormi la nuit passée, alors c’est normal. Je crois qu’elle a encore plus de misère avec le décalage horaire que moi.

Angoulême. Bordeaux. Dax. Bayonne.

Saint-Jean-Pied-De-Port. Enfin la ville promise! Et quelle ville! Exactement comme j’imaginais un village français : toiture de dallage rouge, murs beiges, volets, enceintes et murs de pierre, portes en bois massif. Comme un vieux Québec français, mais porté au niveau de la ville toute entière.

À la descente du train, il nous a été facile de trouver l’accueil des pèlerins, qui nous a guidé vers une auberge, ou plutôt un refuge de pèlerin : Le chemin de l’Étoile. Sympathique endroit, je dirais même magique. Des planchers de bois qui craquent, des escaliers ouverts sur le rez-de-chaussée qui monte en tournant autour des étages. On y a retrouvé d’ailleurs, dans le même dortoir que nous, un groupe de polonais que nous avions aidé pour trouver l’accueil. L’une de ses membres, parlant un peu le français, nous a présentés aux autres pèlerins de son groupe. Malheureusement, il est difficile d’imaginer une relation plus forte avec ces polonais, car la barrière des langues est dure à détruire.

Une fois installé à l’Étoile, nous sommes allés marcher dans les rues anciennes de la ville. Nous avons mangé dans un petit restaurant, moi une salade-repas délicieuse, Méli un sandwich pain baguette. Puis j’ai acheté mon bâton de pèlerin ainsi qu’un roman, Les Coloriés, car j’ai l’impression que nous aurons du temps à tuer une fois chaque étape de marche complétée. L’expérience du premier lavage et séchage manuel a été rigolote, n’étant pas habitué à une telle pratique. Mais pas le choix, car nous n’avons apporté que 2 chandails chacun, dont un que nous portons présentement.

Maintenant, il est 9h30 du soir et nous nous apprêtons à nous coucher, car demain sera probablement la plus exigeante de toutes les étapes du chemin : nous devons traverser les Pyrénées. 27 km en 8 heures. En montant 1300 mètres. Donc au lit!

P.S. : Je me souviendrai toujours de Saint-Jean-Pied-De-Port comme d’une des plus belles villes de France, peu importe si c’est exact ou non ou si j’en vois effectivement de plus belles.

Avec du recul

Les polonais dont je parle se sont arrêtés dans les mêmes auberges que nous pendant le tier du chemin. Nous avons donc noué un lien plus fort avec eux. Ils ont d’ailleurs été très généreux en tentant d’aider Méli lorsqu’elle a eu des problèmes avec ses genoux, plus tard dans le chemin.

Le Chemin de l’Étoile, l’auberge dont j’ai parlé, est un endroit très chaleureux. Les dortoirs sont petits, les hôtes accueillants et toujours prêt à aider. Il y avait cuisine, petit-déjeuner, douches, endroits pour laver le linge et sèche-linges. Je recommande ce refuge à tous les pèlerins.

En photo

Dans l'ordre de présentation :
(1) À bord du TGV, je prends une photo de ce que je découvre par la fenêtre.
(2) Une rue à St-Jean-Pied-De-Port.
(3) Sur un pont de pierre à St-Jean-Pied-De-Port.

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