
Auteur : Élise Turcotte
Note : 7.7/10
Parution : 2007
Nombre de pages : 125 pages
Commentaire
Avec un tel titre, j'en attendais beaucoup de ce recueil de nouvelles. J'ai été déçu. Tous les textes se ressemblent : de longues plaintes sur la vie, de longues réflexions sur la mort, peu
d'éléments intéressants. Surtout, à ne pas lire en pleine dépression. On sent bien ce que l'auteure a voulu faire avec ce livre - quelque chose qui pourrait ressembler à un manifeste de la mort
de nos jours - mais je ne suis pas du tout sûr qu'elle ait réussi.
Bien sûr, Pourquoi faire une maison avec ses morts n'est pas totalement inintéressant : certains passages font réfléchir, d'autres nous en apprennent sur la mort de notre époque. La nouvelle titre, « Comment faire une maison avec ses morts », est certainement, en ce sens, la nouvelle la plus séduisante du recueil, apportant quelques faits peu banals sur la mort dans d’autres cultures. L'ensemble se tient, on peut deviner que le personnage principal est le même pour chaque texte, mais cet ensemble ne nous tient pas, nous, ne nous amène pas dans son univers. Trop de redondances, trop fade.
Je ne conseille pas ce livre, sauf si, vraiment, la mort vous passionne. Élise Turcotte a peut-être réussi à décrire la mort à la perfection, mais elle n'a pas, enfin pas
selon moi, réussi à lui donner un angle qui aurait pu lui procurer un nouvel habit, une nouvelle lumière. À vous de vous faire une opinion sur le sujet.
Quatrième de couverture
« L'homo sapiens a compris depuis longtemps comment transformer la mort en symboles. On a trouvé des cornes de cervidés dans les plus anciennes sépultures. Cornes, fleurs, coquillages, outils
de silex. Toute forme d'art commence avec ce récit. Mais aujourd'hui, plus personne ne sait comment faire une maison pour les morts. Et c'est chez moi que l'homme finit un jour par déposer son
bouquet de lys. Dans ces sept histoires pétries dans la glaise du jour, les pieds sur le seuil du nouveau millénaire, les questions de tous les temps bourdonnent fort à nos oreilles. Ne sent-on
pas qu'il y a un autre monde en sursis, craignent toujours la petite faucheuse, aujourd'hui comme il y a mille ans? Que le jardin des allongés n'a rien d'un paradis et que, en fin de compte, la
mort est bien plus vivante qu'on ne le croie... La narratrice de ces histoires aide les endeuillés à comprendre l'incompréhensible, afin de faciliter le passage obligé de la mort, dans un monde
engagé sur l'autoroute de la déshumanisation.»
Citations
" J'ai cherché moi-même à être ce roc contre lequel les marées se cognent sans jamais qu'il s'ébranle. Mais je sais maintenant ma propre mort bien plus certaine, bien plus entêtée que
n'importe quel roc, n'importe quelle racine survivante."
" Je dis, c'est une odeur de la mort. Celle d'un souvenir, pas celle du corps. Ni celle de la perte brute. Rien d'assez matériel. Juste un effluve de l'impénétrable."
" Si la fatigue permet un travail, c'est celui de l'errance."
" Certains disent que s'éveiller le matin est comme une petite naissance. J'envie ces gens. Pour moi, chaque matin ressemble plutôt à une petite mort. [...] Seule. J'ouvre les yeux et ne me
dis aussitôt que je vais mourir. [...] Si je mets un pied par terre, tout s'enclenche [...] Je suis si fatiguée de mourir."
" Par le passé, à deux reprises, j'ai dû cacher tous les couteaux de la maison. [...] Le simple fait de regarder les couteaux de la maison comme des ennemis en dit beaucoup sur
l'existence."
" C'est peut-être ça, l'approche de la mort : non pas la résurgence de tous les moments vécus, comme on l'a si souvent décrit, mais des îlots de faits non vécus sur lesquels on sautille comme
des enfants jouant à saute-mouton."
" Dans la salle de bal de l'hôpital, les coursiers passent régulièrement pour mettre des petits cachets sous la langue des patients qui attendent. Je sors la langue moi aussi. Mais le
coursier passe son chemin en souriant. Je lui crie :
- Je n'ai pas le droit d'être calme moi aussi ?"
" Aujourd'hui, le mien, mon visage, ne m'importe plus. Je pourrais le voir vissé sur un autre corps que je ne serais pas surprise."
Note : Ce livre est nominé au Prix littéraire des collégiens 2008. Bien que je sois jury de ce prix, cet article ne réflète en rien l'opinion des
autres jurys. Je n'écris pas en tant que jury, mais bien en tant que lecteur. Mon choix final restera secret jusqu'au dévoilement du gagnant.
« J'étais un enfant dépossédé du monde. »
Je n'ai jamais vraiment su pourquoi. Il semble qu'avant même ma naissance, un être quelconque ait scellé mon destin. Qu'il l'ait couvert d'un papier complètement opaque, ficelé avec une corde
provenant d'un autre monde. Peut-être un ange avec l'un de ses cheveux ou alors mon inconnue de mère avec ses propres mains. Peut-être un ancêtre avec son âme. Peut-être même Dieu avec son
incessante injustice. Quoiqu'il en soit, le monde ne m'a jamais appartenu, ne m'a jamais accueilli. Au contraire, j'ai plutôt l'impression que, lors de mon expulsion - car je ne me fais pas
d'idée, ce n'était rien de plus - tout s'est mis en branle pour me pourrir l'existence. Pour que jamais en ce bas monde je ne puisse connaître la joie, ce que je peux identifier dans les
larmes de rire d'une enfant, mais que j'ai peine à ressentir. Pour qu'on m'oublie, m'ignore, m'efface. Pour que je me délaye dans les couleurs de ma pâle existence.
Dix choses que j'aime.
« Ai juré de tout
te dire.» De te dire les maux et les mots que j'ai endurés. Le sarcasme de certaines paroles qui m'ont été lancées, simplement, à travers la foule. Ai juré de te raconter, Anne, ma différence,
ma peur, leur peur de celle-ci. Ai juré de t'expliquer mes désirs et leurs tranchants, mes rêves et leurs couleurs. De t'illustrer mon enfance, mes déceptions et mes craintes. Ai juré de te décrire
ce que signifie le regard d'un homme pour moi, la texture de leur peau. Leur souffle contre mon cou, leurs yeux sur moi. Leurs bras forts qui me serrent presque avec violence. Ai juré de
formuler pour toi une explication à l'attirance que j'ai pour eux et à l'indifférence que m'évoque une femme, même si, vraiment, je n'en ai aucune. Ai juré de que tu comprendrais,
que tu ne m'en voudrais plus. 

« Je
suis le signe et je suis la demeure. » La Demeure d'êtres vivants, du moins le disent-ils. Ils ne font pas attention à mes murs. Ils les tachent de peinture couleur or noir, ils les martèlent,
les évident, les brûlent. Pourtant, autrefois, ils m’aimaient. Ils m’idolâtraient même : j’étais le sanctuaire de leurs arts, leurs relations, leurs idées. De tout cela maintenant, il ne reste plus
qu’un défoulement atroce contre moi, une envie malsaine de m’oublier, de faire comme si leurs pieds n’étaient pas posés sur ma hanche. Ma robe verte d’hier m’a été volé et je ne puis plus que porté
ce nouvel anorak beige qui ne ma va pas du tout. Ils m’ont violé. J’étais le signe de leur existence, la cause de leurs épopées. Ils m’ont violé. Je me sens changée. Ma porte grince, mon toit
coule, mon estomac gronde. Ça gronde, très fort, l’orage, l’ouragan, le tsunami et les tremblements. Je tremble. Mes fondations s’effritent et mes occupants n’en sont pas alertés. Qu’est-ce qui
m’arrive? Qu’est-ce qui LEUR arrive?
Ça y est, la folie des mémos verts est de retour. Les étudiants du Cégep de Sherbrooke
savent très bien de quoi je parle : le Cégep, comme à chaque début de session, s'est empressé de nous inonder (littéralement) de leurs "Rappels d'annulation de cours". Une demi-page verte imprimée
recto-verso sur chaque pupitre de tous les locaux. Ça fait quoi... minimum 6000 feuilles gaspillées? Franchement, on en entend déjà parler de tous bords tous côtés : il y a une note sur le portail
internet du Cégep (Omnivox) que tout le monde consulte, les professeurs nous en parlent 2 semaines à l'avance et il y a des affiches aux entrées de chaque pavillon. C'est déjà
difficile à manquer, ce n'est pas la grande mer verdâtre de papier qu'ils nous ont construite qui va changer quelque chose. Ils disent "voir la vie en vert" (slogan de leur
soi-disant lutte pour l'environnement), mais, pour l'instant, tout ce qu'il y a de vert ce sont leurs satanés mémos.
Livre québécois




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